Les « highlights » (passages soulignés/surlignés d’un livre) commencent à faire l’objet d’exploitations intéressantes. Modestes dans le cas d’un Amazon qui se contente – j’en parlais déjà l’année dernière – de compléter ses fiches à partir des annotations des utilisateurs du Kindle, plus ambitieuses chez un ReadMill ou Findings dont c’est la matière première.
Dernière expérimentation en date, en effet : le recours dominant à l’image pour promouvoir et découvrir les annotations produites par les utilisateurs de ces outils. Il ne s’agit plus seulement, comme sur la home de ReadMill (fig. 1), de fournir à l’annotation un contexte iconique (la couverture du livre, discrètement accolée ) mais bien d’y accéder par cette icône même (fig. 2) :
Dans un contexte concurrentiel fort, où l’internaute est (supposé) infidèle et zappeur, l’image et la tabularité participent d’une même stratégie de fixation de l’attention et d’organisation de la connaissance (voir « Des incipits sur Pinterest » avec quelques références universitaires – les premières infographies, ce sont sans doute les index et les tables de matières). Elles s’inscrivent en effet dans un besoin d’ontologisation (c’est-à-dire de rassemblement de données éparses dans une composition unifiée et intelligible) alors que l’anthologisation (la fragmentation, les petites formes, la dissémination) semble aujourd’hui dominer (du moins dans les espaces concurrentiels). ReadMill le reconnaît par ailleurs implicitement (ce dont témoignait déjà son outil « The Book Report« ) en exportant quelques highlights-tests sur Pinterest qui ont valeur d’hameçonnage et de rapatriement vers son propre site :
Deux questions que je me pose :
- Cette prédominance de l’icône signe-t-elle l’échec de la promotion du texte par son image même (police, largeur, taille, etc.) ? Sans doute, à une large échelle (celle de la home commune où tout le monde arrive) : le trop grande nombre d’irrégularités (police 13, police 15, gras, italique, Verdena, Times New Roman, etc.), même si elles sont nécessaires pour faciliter la mémorisation d’un texte, rendrait en effet impossible le repérage et la lecture.
- Vers quoi se dirige-t-on dans la mise en récit de nos lectures ? Si l’on suit ces quelques expérimentations et la « conjonture discursive » (fumeuse, mais elle irrigue ces outils : « On ne lit plus », « Il faut capter l’attention des jeunes », etc.), on peut imaginer que les critiques classiques (observables sur Babelio, GoodReads et cie) côtoieront bientôt les infographies de livres, réalisées à partir d’un patchwork d’annotations très variées que le « lecteur » (cet autre manipulateur du texte) sera chargé de construire (ce qui imposera, bien évidemment, de reconnaître les différentes fonctions et valeurs des annotations auxquelles une fonction sera chaque fois donnée pour automatiser l’infographie); l’image du texte, à cette autre échelle, pourra être ainsi exploitée comme elle ne menacera plus l’intégrité des pages en commun. Le rêve (ou le fantasme), on le devine déjà : c’est celui dont s’amusait déjà Borges, celui d’une carte qui pourrait se superposer au territoire.





