L’éditeur Faber & Faber et TouchPress (connu pour Solar System, The Elements et le récent Gems and Jewels) ont lancé le 7 juin une application-adaptation du poème (The Wast Land, 1922) de Thomas S.Eliot :
Le travail effectué rend compte d’une épaisseur philologique dynamique et variée, dont l’ensemble fournit un accompagnement très convaincant de The Wast Land. L’application propose ainsi plusieurs manuscrits de T.S Eliot, une glose marginale sur des vers du poème, des commentaires-vidéos d’auteurs (parmi lesquels le prix Nobel Seamus Heaney), une magnifique performance de Fiona Shaw et des lectures audio (dont deux de T.S Eliot himself !). Faber et TouchPress démontrent ainsi qu’un poème peut faire l’objet d’un traitement varié (mise en scène théâtrale – comme sait bien le faire La Maison de la Poésie à Paris -, commentaires savants, etc.) et que le choix de tel geste éditorial peut avoir des conséquences décisives sur un élément.
Summer surprised us, coming over the Starnbergersee
With a shower of rain; we stopped in the colonnade,
And went on in sunlight, into the Hofgarten,
And drank coffee, and talked for an hour.
Bin gar keine Russin, stamm’ aus Litauen, echt deutsch.
And when we were children, staying at the arch-duke’s,
My cousin’s, he took me out on a sled,
And I was frightened. He said, Marie,
Marie, hold on tight. And down we went.
In the mountains, there you feel free.
I read, much of the night, and go south in the winter.
Ainsi des notes. Thomas S.Eliot avait en effet fait un nombre important sur son texte. Les adaptations du poème sur internet s’organisent selon une disposition par frames qui divisent l’interface du navigateur en deux zones, avec d’un côté le texte et de l’autre, les notes, de manière à les saisir ensemble, contextuellement, et ainsi rendre compte de leur caractère irréductible. Or, dans The Wast Land, adapté par TouchPress et Faber, elles apparaissent dans la table des matières, à la fin du poème et non plus marginalement. Conséquences : comme les notes sont éditorialement autonomisées, alors qu’elles référent à des vers, elles sont insaisissables. L’éditeur et le concepteur ont probablement été piégés par les commentaires commandés à des universitaires contemporains, inclus dans la marge, qui auraient parasité ou aurait été parasités par les notes de T.S Eliot.
Le choix fait traduit ainsi la façon dont l’éditeur conçoit ces notes : comme des éléments autonomes (d’où l’absence de contexte). Dans cette réalisation, l’auteur n’est donc pas le garant du sens du texte. C’est pourquoi les notes sont incluses à la fin du poème comme l’une de ses extensions.
C’est qu’elles n’éclairent pas (directement) le poème. Elles fonctionnent en effet davantage comme un double témoignage : celui d’une pratique du commentaire, marquée la philologie et l’étude des oeuvres de la fin du XIX°s, occupée à repérer les influences d’un texte (Eliot précise de quel passage il s’est inspiré pour tel vers et suggère également des pistes de lecture) mais surtout celui d’un auteur obsédé à l’idée qu’on puisse lui reprocher ses emprunts et qui préfère stratégiquement les exhiber plutôt que de se les voir reprocher.














