Je me demandais, il y a déjà un an, si une standardisation des annotations (c’est-à-dire une circulation/exportation d’un service à un autre, de ReadMill à OpenMargin par exemple) pouvait être possible, alors qu’elles sont de plus en plus considérées comme des données propriétaires. Je me montrais en effet sceptique quant à l’ouverture de l’API d’Amazon qui autorisait par exemple un Findings à récupérer les annotations produites avec le Kindle pour les utiliser en dehors du réseau du géant, pour des raisons théoriques mais également stratégiques (pour Amazon et cie les annotations sont des données convertibles en informations, comme on l’apprend en lisant les CGU du Kindle). Le réseau de lecteurs GoodReads fut l’un des premiers à être victime des conditions d’utilisation de l’API d’Amazon, qui l’a contraint à passer des partenariats avec d’autres acteurs pour récupérer les fiches de livres à partir desquelles les membres (se) produisent. En cause (probablement) : un projet de streaming illimité de livres numériques.

Findings Amazon annotation livre numérique Le réseau dannotations Findings, nouvelle victime de la licence dAmazon...

Or, en mettant à jour sa palette graphique (à tort, d’ailleurs, ce n’est vraiment pas réussi) et ses fonctionnalités, Findings a semble-t-il attiré l’attention d’Amazon…Je viens en effet de recevoir un mail de l’entreprise qui annonce qu’elle ne peut plus exploiter son API :

Amazon API Findings annotations Le réseau dannotations Findings, nouvelle victime de la licence dAmazon...

Concrètement : Amazon accuse Findings de violer les termes d’utilisation de son API; on ne pourra donc bientôt plus faire migrer nos annotations du Kindle vers Findings (heureusement, ce n’était qu’une part de l’activité de Findings qui permet aujourd’hui d’annoter/capturer le web, comme Diigo, Quote.fm ou même Pinterest) . La vraie cause, semble-t-il : les éditeurs ne voient pas d’un très bon oeil que tous ces extraits (la plupart des annotations sont en effet des passages soulignés) circulent sur le web, en dehors de l’espace fermé (Amazon Kindle) dans lequel ils sont produits. Ainsi, ces « highlights-Kindle » (passages soulignés) n’ont jamais été aussi « antisociaux », pour poursuivre l’analyse de Richard  MacManus de ReadWriteWeb.

On a bien ici affaire à un cas d’acopie (voir le billet d’Olivier Ertzscheid) et de recours abusif au droit pour museler de nouvelles initiatives : les éditeurs et Amazon font mine d’ignorer nos manipulations textuelles, qui nous amènent à faire prendre aux textes des formes multiples (copier/coller, circulation, remixage, etc.) pour nous les « approprier » et ce, dans des espaces énonciatifs très variés. Ainsi dans leur conception, un lecteur idéal, qui ne pose aucun problème, semble être un lecteur qui oublie aussitôt ce qu’il lit, qui se contente d’ouvrir un fichier sans porter atteinte à une intégrité fantasmée.

Il faudrait sans doute leur rappeler qu’on ne lit jamais sans écrire, sans extraire, sans compiler (entre autres : Cormak et MazzioAnn Blair, Sherman, Allan, etc.) et que sans ces procédures intellectuelles, matérielles, corporelles qui ont assuré la circulation, la transmission et la transformation de textes importants, leurs fonds éditoriaux, dont ils sont aujourd’hui si fiers, n’auraient sans doute pas eu la même valeur sociale et historique (la fronde vient probablement des grands groupes); aussi nous sont-ils en partie redevables. Si, à leur décharge, on peut éventuellement considérer que le cadre juridique de publicisation des annotations est encore instable (à lire Google, il est cependant très clair et très strict), on ne peut cependant pas défendre l’entravement de leur circulation privatisée. Plus que jamais, il nous faut donc leur rappeler que nos annotations nous appartiennent.