Idiotes ces applications de lecture numérique grand public avec leur gestion de l’annotation marginale. En réaliser une dans iBooks d’Apple (ce sera donc ma cible pour ce billet) produit une représentation d’un post-it dans la marge, avec sa date de production : mais impossible de savoir ce qu’elle contient sans l’ouvrir.
Mauvaise compréhension des pratiques d’annotation et de la fonction même de la marge (notamment) comme espace de signalisation de l’information. Plusieurs sortes (pas une typologie exhaustive ici, juste quelques éléments de repère) : l’annotation discursive (ou scolie, commentaire marginal) et l’annotation signalétique qui vient qualifier, thématiser, tel passage d’un texte, dans le but de le retrouver plus facilement, c’est-à-dire de multiplier les points d’entrée dans ce texte, personnalisés, verticalisés, pour autoriser un autre type de lecture , celui de l’ossature de la « page »-interface. Ainsi : table des matières jetées dans les marges.
Cette ouverture nécessaire de l’annotation numérique pour en connaître le contenu, comparable à une micro-cocotte en papier, placée dans les marges d’un livre imprimé, qu’on devrait déplier, manipuler, dans le seul but de la visualiser…Si le réseau des annotations, cartographié ou recensé dans la table des matières, apparaît comme un système de navigation personnalisé, qui donne à voir le parcours d’un lecteur – même s’il manque encore ici un moteur de recherche et un mode de classification très fin qui permettrait de rechercher dans ces annotations et de les ordonner, c’est-à-dire de retrouver son chemin, mais passons, passons, ce sera l’occasion d’un autre billet -, l’annotation mutilée de sa fonction de visualisation est un corps suspect.
Qu’est-ce que en effet que ce débris, ce signe qui pourrit numériquement, délaissé et qui ne donne rien à voir des entrailles du livre ainsi digéré ? Les métaphores que nous utilisons pour parler de nos lectures : « gros lecteur », « nourriture spirituelle », « boulimie », « dévorer »; lire, inséparable de l’ingestion-digestion qui conditionne la mémorisation-appropriation. Aussi l’impossibilité de visualiser-exhiber les notes de nos entrailles, aveu de l’incapacité de l’application d’Apple de fournir des moyens d’appropriation du texte – dont elle se fout : seule la production l’intéresse, pas sa gestion par le lecteur – et justifie la création rapide d’une norme pour les annotations qui permettra – je l’espère, mais je rêve : les annotations sont des données-utilisateurs que les distributeurs veulent conserver pour mieux cibler leur recommandation de livres, sans doute bientôt effectuée à partir du classement des passages les plus soulignés/annotés… – de migrer d’une application à une autre, plus respectueuse des pratiques-lecteurs, avec l’ensemble des marques produites dans un premier outil imparfait.


