Un tweet de Virginie Clayssen m’a interpelé avant-hier, lors du show d’Apple au cours duquel furent lancés iBooks 2, iBooks Author et l’appli’ iTunes U (voir eBouquin et Actu des eBooks pour des synthèses).

Phil Schiller, à la tête de la division marketing d’Apple, a en effet insisté sur la puissance des fonctionnalités d’annotation et de prise de notes qui, conjuguées à des manuels « interactifs » d’un nouveau genre (on rappellera au passage qu’Inkling est passé bien avant par là et avec beaucoup de talent), ont pour modeste ambition de permettre aux étudiants américains de rester compétitifs face à leurs camarades étrangers (sic !).

Dans cette perspective, la vidéo de présentation fait notamment de l’annotation, du surlignage, du soulignement et de la prise de notes les outils par lesquels l’étudiant apprend, mémorise, intègre un apprentissage :

Deux outils ont en fait été simplement ajoutés/étendus (pour ma part, j’espérais également que le problème de la « cocotte » soit réglé, mais c’est apparemment loin des préoccupations d’Apple) :

  • Possibilité de surligner/souligner le texte de différentes couleurs.
  • Possibilité d’envoyer la note prise par mail.

Or, si le lecteur produit bien des annotations (soit un segment textuel porté en regard d’un autre – le texte -, avec lequel il entretient par conséquent des rapports de coopération et de coexistence étroits – c’est pourquoi un des étudiants présentés sur la vidéo se contente par exemple de « tager » un passage), si le lecteur produit donc bien des annotations, rien ne permet de les traiter comme telles.

C’est qu’on a ici affaire à un conflit théorique et intellectuel assez fort qui a des conséquences sur la gestion des annotations, davantage considérées comme des notes apposées, indépendantes du texte dont elles sont issues. On peut ainsi bien s’envoyer ses notes par mail, prises dans l’espace même du texte (un élément graphique – le post-it dans la marge de droite –, placé à ses côtés, matérialise cette opération), mais aucun lien ne permet de voir à quoi fait référence cette note (même pas un extrait du passage, c’est dire…).

Apple note annotation highlight iBooks 2 et le marketing autour des annotations

De la même façon, les surlignages et les soulignements, qui sont deux opérations intellectuelles très différentes (dans un cas, on découpe le texte de manière à n’en garder que les éléments saillants; dans l’autre, on adopte une attitude de déférence par rapport à lui et l’on s’indique des pistes sur lesquelles éventuellement revenir, sans chercher à imbriquer de manière cohérente, comme un nouveau manuel taillé dans le texte, les passages soulignés), les surlignages et les soulignements, donc, sont traités de la même façon Or, contrairement aux surlignages, indépendants du texte, les soulignements doivent pouvoir être repérés à un plus haut niveau – celui du texte dans sa globalité –, c’est-à-dire au niveau des ingénieries de la connaissance – index, table des matières, etc. – proposés - comme l’autorise par ailleurs très bien Kobo - qui permettent de feuilleter.

Apple note annotation highlight marc jahjah iBooks 2 et le marketing autour des annotations

Autrement dit : Apple – comme tant d’autres – pense pouvoir s’appuyer sur la seule magie de la mimèsis (post-it, effets du surlignage, traits du stylo, etc.) pour réactiver illusoirement des opérations intellectuelles complexes, qui auraient mérité autre chose que des objets de reconnaissance et une mise en scène marketing dont le seul but est d’exploiter un fonds commun de valeurs et de pratiques de lecture.