Le site de MobNotate (via Oreilly), une plateforme/application d’annotations de textes, ne donne franchement pas envie de s’y mettre. C’est vieux, c’est laid, ça ressemble aux sites des années 90 avec leurs boîtes-texte et leurs couleurs dégueulasses. Bref, vaut mieux regarder la vidéo de démonstration (de l’appli’iPad) :
Encore un prototype, donc (j’ai demandé une invit’; on verra bien), qui devrait notamment proposer :
- Des fonctions d’annotations (on ne s’en étonnera pas ;-), avec la possibilité de partager ses productions, et l’accès à ces écrits de lecteurs, visibles par tous, rassemblés-empilés-trombone, éclatables pour consulter l’un des éléments de la pile dont la sélection par le doigt active, dans la marge (de gauche), la visualisation du passage auquel l’annotation renvoie (c’est ce que j’ai compris, du moins) :
- Des ressources numériques (vidéos, images, mashups, etc.); je n’ai pas encore très bien saisi en quoi elles consistaient et comment elles pouvaient être utilisées, faute d’avoir utilisé l’application, mais – à priori – le lecteur peut, par exemple, se géocaliser (en se rendant dans un endroit indiqué par l’auteur) et débloquer ainsi certaines parties du livre, certains chapitres (action en partie inscrite dans la progression narrative : la capture du lecteur passe ainsi par son activité corporelle).
- Des statistiques, avec la possibilité, pour un lecteur, de visualiser l’ensemble de son activité et, pour un auteur, de mesurer cette activité qu’il peut juger suffisamment importante pour le récompenser. Ces statistiques sont de nature temporelle (x livres lus tel mois), sociale (x abonnés à mon cercle avec représentation graphique), voire topographique (ils définissent bien le territoire d’une tribu de lecteurs) et peuvent être visualisés depuis un tableau de bord qui semble pouvoir faire office de carte.
Seulement quelques remarques, comme d’habitude :
- La mention « tribu » (« active tribes ») renvoie à un « type d’organisation sociale« , ici construite autour de quatre piliers (writing, reading, involving, publishing), censés investir le champ complet de deux statuts (celui de l’auteur, celui du lecteur), à l’exclusion de l’éditeur (« publishing » est un terme double, qui désigne à la fois le fait de rendre public – ici privilégié – et d’éditer). La définition adoptée par MobNotate, qu’on peut du moins deviner à partir des fonctions proposées, est celle, classique, de Morgan (XIX°s), à savoir, « une société complètement organisée » (de manière hiérarchique : les lecteurs, les auteurs), capable de se reproduire (c’est ici l’exigence d’accroissement des membres, la nécessité de faire-communauté tout en recrutant d’autres individus). Pour autant, on sait combien cette notion est complexe et en grande partie invalide (les critères retenus : langue, valeurs, etc. n’ont pas toujours montré leur pertinence); il faudra donc voir, quand l’application sera disponible, comment les membres font corps, autrement dit : dans quelle mesure le programme fixé par MobNotate (construire une tribu) est réalisable.
- L’application tente déjà de réaliser graphiquement ce programme en rendant compte à la fois de rapports hiérarchiques (lecteurs, auteurs), segmentés (groupes de lecteurs, auteurs) et multifonctionnels (ce sont aujourd’hui les critères – plus ou moins – retenus par les anthropologues pour tenter de définir la « tribu »). Le graphe abolit ainsi en apparence ces rapports, qui deviennent transversaux, mais permet en fait toujours, en activant un de ses points, de repositionner les cartes et les statuts à leur état d’origine, grâce à la monstration des statistiques, outils de domestication des pratiques de lecture par l’économétrie.
- Les rapports entre la marge et le texte, entre les annotations et l’inventaire, semblent avoir été pris en compte (ils ne le sont pas si souvent), matérialisés par les gestes de lecture (cliquer à gauche, appuyer au centre – ou les deux en même temps -, déplacer) qui valident, en même temps que leur pouvoir d’activation est validé, l’accès au texte et à sa périphérie. Or, ce sont les allers-retours de ces gestes, ces jeux et ces renvois (cohérents) qui organisent (a priori) efficacement les conditions d’utilisation productive, créative, nourrie et, par conséquent, de mémorisation des écrits d’écran.
- Reste à savoir ce que les lecteurs en feront. Car pour l’instant, les annotations produites sur le site de MobNotate sont spéculaires, ce qui est souvent le signe d’un outil qui n’a pas encore été adopté.
- C’est sans doute pourquoi la vidéo de démonstration fait constamment appel à des signes iconiques (le trombone, le crayon, le carnet, le livre) qui fonctionnent comme des objets de reconnaissance (pour de futures recrues, susceptibles de faire partie de la tribu) et disent combien il est (encore) difficile de se passer d’un effet de mimésis pour désigner des pratiques de lecture et d’écriture sur écran.

















