Honnêtement, je n’attendais plus la sortie d’OpenMargin (dont j’avais déjà parlé en mai dernier - son fondateur m’avait d’ailleurs répondu en commentaire) qui m’apparaissait comme un projet/prototype, comme une démonstration de ce que devrait être la gestion des annotations et des « marges ». Mais j’ai été mauvaise langue puisque l’application iPad a été lancée le 27 octobre. Vidéo pour l’occasion maestro !
Je l’ai donc testée. Pas mal mais limitée. D’abord, premier point : comme SubText, OpenMargin ne propose pas de boutique. C’est une application, rien de plus (mais déjà bien), qui permet l’importation de fichiers-livres depuis DropBox (implanté dans l’application, donc). Les fondateurs veulent sans doute se faire racheter ou plutôt exploiter l’API des grands pour pénétrer leur écosystème et s’appuyer ainsi sur leurs fonds.
L’utilisation est simple et intuitive (avec quelques bugs). La lecture est scrollée-volumen (comme avec le Libroid), c’est-à-dire que vous devez « dérouler » le texte. Un geste de lecture est donc imposé (le clic ne suffit pas) qui inscrit le corps dans une pratique déterminée de lecture. À ce déroulage, dont on pourrait craindre qu’il perde le lecteur (la pagination est en effet une technologie de dissociation du texte, pensée dans un bloc appropriable), est associé une fonction essentielle : la barre de navigation verticalisée, parfaitement synchronisée, qui indique toujours au lecteur sa « position » dans le texte, c’est-à-dire où il se trouve.

Autre point important (fondamental même) : cette barre de navigation recense l’ensemble des annotations réalisées par un groupe de lecteurs. Ainsi, dès qu’une annotation est produite, un signe marginal vient indiquer sa présence sur la « page » (bien entendu, si 30 annotations ont été faites sur une même « page », elles ne sont pas répertoriées-accumulées marginalement; ce serait en effet illisible et ingérable techniquement). Les annotations fonctionnent ainsi comme des indices qui, dans la forêt du texte, montrent les cailloux qu’un lecteur a déposé pour un autre ou, du moins, des chemins de lecture, sorte de labyrinthe construit sur mesure.
L’application a été pensée dans un effet d’échelle de « pénétration » du texte : un clic sur un passage souligné ou une annotation marginale permet ainsi d’accéder visuellement à une autre « page », qui rassemble-ordonne l’ensemble des annotations réalisées. Le zoom-dézoomage met en fait en signe techniquement et visuellement la relation micro/macroscopique qui existe entre un segment de texte et ce texte (le passage-fragment et son contexte-plus-vaste). Cet effet renseigne par ailleurs sur la valeur donnée à l’annotation, qui n’est plus à la périphérie du texte, qui n’est pas ce qu’il y autour du texte (comme le voulait Genette) mais qui constitue son énonciation propre. Autrement dit : on ne saurait la détourer sans porter atteinte à l’intégrité de ce texte.
Spatialisation de la lecture (comme toute lecture, qui a besoin de cadres, voir notamment Images en texte, images de texte sur ces questions), mais spatialisation surtout montrée, donc, parce que OpenMargin en a besoin pour démontrer le lien indéfectible entre le texte et l’annotation. Mais paradoxalement, les cadres et les hiérarchies manquent, qui permettraient par exemple de répondre à telle annotation (comme sur SubText par exemple) et de mieux se repérer sans avoir à dézoomer pour savoir justement où l’on « est »…


