Je suis abonné à Evernote mais je n’ai jamais réussi à l’utiliser plus d’une semaine…Outil efficace pourtant (si l’on se fie au nombre d’abonnés du moins), qui répond à des besoins importants (l’archivage d’une pensée, d’une photo, d’une page web, etc. facilement synchronisables sur tous les appareils) mais l’interface impraticable, un peu fourre-tout, m’a toujours dissuadé (à trop vouloir en faire, ils ne savent plus rien faire). Et le partenariat récemment annoncé avec Moleskine n’y changera rien sans doute rien.
Les deux entreprises se sont en effet associées pour proposer (en gros) l’océrisation des notes produites dans un carnet papier. Elles peuvent par ailleurs être « stickées », c’est-à-dire catégorisées selon un code couleur qui permettra de les classer automatiquement dans l’application d’Evernote (classification qui manque toujours aux applications d’annotation). C’est donc moins une reconnaissance de la complémentarité papier/numérique (mais c’est plus vendeur d’en parler ainsi) qu’une prise en compte des différentes opérations matérielles à l’oeuvre dans ce type d’activité, qui consistent à mixer les supports, à mettre en place des stratégies de capture et d’organisation d’images à partir de contraintes technico-culturelles (le tabou des marginalia) :
Je n’utiliserai donc certainement pas ce que proposera Evernote et Moleskine, même si je trouve l’association pertinente et maline (chacun s’accapare les imaginaires mobilisés par l’autre : la modernité-numérique; la légitimité-papier).
Mais la prise de notes est le plus souvent – dans mon cas – choisie par défaut : comme je ne peux pas annoter les livres papier d’une bibliothèque, j’utilise naturellement un support différent (l’écran). Or, ce ne sont pas tout à fait les mêmes opérations intellectuelles (pour un éclairage historique, voir Ann Blair) et je préfère la plupart du temps annoter. C’est précisément ce qui explique que je ne lis jamais les livres que j’emprunte à la bibliothèque. D’où eHighLighter, une nouvelle application (22 août) pour iOS.
Principe semblable à Evernote sauf qu’il ne s’agit plus ici d’océriser des notes mais des pages de livres qu’on peut alors annoter à l’aide de notes contextualisées (le texte est à côté) et de tags. Très simple d’utilisation, testé sur un livre que je privatise depuis des mois sans parvenir à l’ouvrir : « Managing Readers : Printed Marginalia in English Renaissance Books » (Slights, 2002).
Première étape (après l’inscription…vos données et vos productions seront donc sans doute réutilisées) : le scannage du barre-codes pour reconnaître l’édition d’un document qu’on peut aussi intégrer manuellement grâce à WorldCat (ce sera souvent le cas avec un livre qui provient d’une bibliothèque universitaire ou de la BnF). Deuxième étape : la production d’un « highlight », soit la délimitation par deux traits de surlignage (début-fin) du texte à océriser à partir de sa photographie. Vient ensuite l’indication de la page et la saisie éventuelle d’un tag/d’une note :
Le résultat (texte océrisé) est plutôt bon (presque excellent ici, mais ce n’est pas toujours le cas) :
Les possibilités de triage, malgré l’ajout de tags, sont pourtant faibles et je n’ai pas réussi à retrouver un ensemble de passages sous la même étiquette (mal cherché, peut-être…). On peut, au mieux, faire une recherche à l’intérieur des textes océrisés. Autre option, aujourd’hui indispensable : la synchronisation avec DropBox ou Evernote. Ce qui donne par exemple :
Soit une compilation, dans un autre espace graphique (Evernote), de tous les passages océrisés et annotés, sans les fonctions de triage possibles avec eHighLighter. Ce qui montre aussi que cette application oscille imparfaitement entre l’annotation de documents stricte et son système internalisé de cueillette (encore qu’il faudrait évaluer plus précisément les opérations ici menées qui permettraient de les rapprocher de l’annotation, au sens où on l’entend généralement) et la compilation de lieux communs (externalisation de la cueillette dans une architecture savante), très fréquents à la Renaissance (voir le livre de David Allan sur les « Commonplace Books »). Une bonne gestion et une bonne exploitation de la connaissance passent sans doute par une complémentarité de ces deux systèmes (apposition des marques; organisation des marques) essentiels à la capitalisation de nos lectures.






Essayé et adopté, l’océrisation n’est pas parfaite (du tout) peut-être un peu moins bonne que ce que j’utilisais avant (et que je vais continuer d’utiliser pour des pages complètes ou des documents), Perfect OCR, mais sous la main un environnement pour le classement et l’indexation qui fait la différence :-)
Bonjour Michel,
en effet elle n’est pas parfaite mais les fonctions proposées sont une reconnaissance de nos pratiques de manipulations textuelles. Je ne sais pas encore si je l’utiliserai bien longtemps, parce que les opérations de saisie sont finalement assez laborieuses (comme le faisait remarquer C. Fauré sur Twitter : http://twitter.com/ChristianFaure/status/242731856469041152). À voir donc sur le long terme…
Merci de ton passage et à bientôt
Marc