Annotations livre texxte metro Pratiques dannotations (II) : guetter un passage crayon à la mainUne lectrice dans le métro hier, crayon à la main (comme Erasme le préconisait pour toute lecture), corps relâché – dernière indication importante (celle du corps) qui détermine le statut qu’on peut alors donner au crayon, soit sentinelle-épée prête à frapper, soit calme épuisette des eaux troubles, qui attend patiemment le moment, ou peut-être (dernière option) fusil à l’épaule dans la forêt du texte, saisi par le lecteur-chasseur à la recherche de gibiers (bêtes, les mots).

Un rêve, cette nuit, vint déstabiliser (ou préciser) cette rapide typologie à laquelle il me suggéra donc de rajouter le cueilleur-annotateur (celui qui, avec son panier, vient remplir, apaisé, son panier de baies – proche de l’épuisette), le guerrier-annotateur, parti conquérir le territoire de la page, et le prêtre-annotateur (qui évangélise ce territoire ? J’avais d’abord écrit-lapsus : « prête-annotateur », don de soi, don-lecture).

Chasseur, cueilleur, guerrier ou prêtre, tous répondent à une stimulation provoquée par le texte, celle que Compagnon (La Seconde main ou le travail de la citation) appelle la sollicitation, ce « petit coup de foudre arbitraire » pour un passage qui le transforme, par l’entreprise de l’excitation, de la recherche des raisons de son élection, en fragment nécessaire, élu, devenu lui-même un texte après avoir été amputé, et susceptible de circuler, de rendre compte, en tant qu’indice, d’un plus vaste continent.

Le lecteur prospecte, collecte et se nourrit en chemin. Mais pérégriner, c’est aussi laisser des traces dans les espaces qu’on parcourt. La piste ouverte et les repères laissés en chemin, délibérés ou insus, pourront guider d’autres lecteurs ou servir de signes de reconnaissance pour le marcheur désireux de retrouver ses propres traces. Certaines traces sont discrètes et évanescentes, d’autres peuvent durablement affecter l’écologie du texte, modifier le système, voire le subvertir. » (C. Jacob, Des Alexandries)

Ce geste, travail de géographe, qui consiste à faire de la page une carte, un espace balisé où sont posés « des jalons, des repaires surchargés de sens, ou de valeur » (Compagnon), dans l’attente d’une potentielle composition, d’un travail d’écriture (un billet de blog, un article, un livre) qui révèle alors que les soulignements n’étaient que les pointillés d’un patron et que la trace, si elle peut être un don, « [laissée] en chemin » pour « guider d’autres lecteurs » (C. Jacob), peut également faire l’objet d’une gêne, une fois exhibée, parce qu’elle rend compte des excitations amoureuses d’un lecteur que la gomme ne saura jamais totalement effacer.

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