annotations lecteurs I12 300x225 Pratiques dannotations (V) : la pleine conscience de la lectureUn lecteur peut seulement annoter pour se rendre présent au texte, accroître sa concentration, sans chercher par ailleurs à en extraire des éléments qui fourniraient la matière d’un article voire d’un souvenir (à l’inverse d’un étudiant qui annoterait pour revenir sur les traces d’un chemin qu’il s’était indiqué).

Un tel lecteur n’est pas concerné par ce qui est écrit (mais davantage par ce qu’il lit), malgré le niveau élevé de sa présence : la matière qu’il inscrit, au moment même de son inscription, résiduelle, déjà périmée, n’a en effet pour but que de réaliser une pleine conscience de la lecture, sans que cette matière ne tente de s’agripper au wagon du texte en se positionnant en regard de lui par l’indication d’un souvenir, d’une idée, d’une référence qui le relierait alors lui-même, à son tour, au train de la bibliothèque.

Sans doute ce lecteur n’est-il qu’une hypothèse méthodologique, une fiction (car je n’ai pas encore rencontré d’annotateur dont les passages relevés n’étaient pas destinés à un travail ultérieur, même potentiel), une impasse que j’ai peut-être voulu rêver, qui nous rappelle pourtant à l’exigence de la présence, seulement compatible avec une pratique trop souvent ignorée et méprisée : l’annotation d’humeur pendant la lecture.