On se plaint souvent – à juste titre – du niveau des conférences françaises sur le livre numérique mais les anglais n’ont pas fait mieux dimanche 10 avril. On l’a bien remarqué sur twitter :

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Des choses intéressantes ont quand même été dites : suis pas maso, me serais pas tapé ces centaines de tweets pour rien…On les trouvera surtout du côté de la lecture sociale (je prêche pour ma paroisse ;).

Ma méthode

Semblable au TOC de Bologne. Difficulté supplémentaire : la polyphonie des tweets, notamment les plus anciens qui surgissent en permanence dans la timeline, comme pour rendre impossible une lecture suivie.

Je remarque que la langue offre des articulations-conjonctions qui permettent de retrouver, entre les interstices, dans le mouvement même de la phrase, ce qui a pu se dire.

Autrement dit : si j’arrive à composer des phrases, à partir de tweets, c’est parce que ceux qui ont produit ces phrases sont passés par les mêmes liaisons cognitives.

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Méfiez-vous quand même : les paragraphes, dans les enchaînements qu’ils m’imposent, m’ont parfois poussé à orienter certains tweets dans un ensemble auxquels ils étaient étrangers.

J’essaie le plus souvent d’être rigoureux. 1. Je me laisse porter par la langue et notre culture commune. 2. Je vérifie ensuite (recherche sur les intervenants, comparaison avec des articles anglais, etc.).

J’aime introduire, à l’intérieur du compte rendu, des tweets, non seulement pour remercier ceux qui étaient présents et qui nous ont renseignés, mais pour donner également à saisir une certaine ambiance, peut-être pas celle de la conférence mais du média (twitter) à partir duquel cette parole s’est donnée.

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Programme

Pour vous repérer : le programme est ici. J’ai en effet éclaté les conférences pour regrouper certaines phrases par thématiques. Ce que je trouve plus stimulant qu’un travail de scribe. ;-)

La foire des livres de Londres se poursuit du 11 au 13 avril, avec des conférences éparses sur le numérique que j’essayerai de suivre…Pour l’instant, voici donc la synthèse de la Digital Conference :

Le constat des éditeurs

Stephen Page (Chef exécutif de la maison d’édition Faber and Faber) estime que nous avons pénétré l’ère numérique. Plus de doutes possibles grâce au tournant Kindle (Schnittman, Bloomsbury Publishing PLC). Nous n’avons donc pas à apprendre à être sur le marché numérique : nous y sommes déjà !

La révolution digital est survenue plus vite que nous ne le pensions (Gordon Willoughby, Kindle Europe)

Ce qui est aujourd’hui observable aux U.S.A est sur le point d’émerger au Royaume-Uni. Les éditeurs n’ont cependant pas trop à s’inquiéter : l’édition est dans une meilleure posture que la musique (Paul Brindley de Musically.com).

Le « dégroupage » du livre (numérique/papier) n’est donc pas une menace mais une chance : le même livre en eBooks ou en papier peut avoir les mêmes chances de réussite (Schnittman) voire même booster le secteur papier (les gens achètent 3 fois plus de livre papier avec un Kindle selon Gordon Willoughby) en proposant des livres jusque-là épuisés.

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On aurait cependant tort de croire que le livre numérique ne coûte rien à un éditeur. D’après David Shelley, la part consacrée à l’impression/le papier le sera bientôt à la lutte contre le piratage.

Le tout, c’est d’expérimenter (Sol Rosenberg du réseau de lecteurs Copia) : « Si vous n’échouez pas 90 % du temps, c’est que vous n’êtes pas allé assez loin dans l’innovation ».

Prochains défis : amener les éditeurs au web sémantique, trouver des accords clairs sur les droits numériques (sachant qu’un grand nombre de titres sont sans ayants droit), fixer les prix dans un contexte numérique et non plus livresque.

La mort des applications et des livres enrichis

Pour Schnittman l’avenir de la lecture numérique ne passe pas par le livre enrichi et les applications (une slide de sa démonstration mettait en scène une pierre tombale avec pour épitaphe : « eBooks enrichis et applications : 2009-2011″). Chercher l’innovation dans le processus de lecture narrative n’a pas de sens.

Chercher l’innovation dans le processus de lecture narrative n’a pas de sens (Evan Schittman)

Par contre, ces enrichissements ont d’énormes potentiels dans le domaine du livre pour enfants et de l’éducation (gros succès sur l’iPad d’après Benedict Evans),

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notamment dans les PassBack Apps (ces applications qu’on fait tourner dans la voiture, à l’arrière, pour occuper les enfants). Si l’interactivité est donc bienvenue dans ce secteur, elle n’est peut-être pas toujours adaptée à la fiction.

Si l’iPod est un meilleur walkman, l’eBook n’est pas forcément un meilleur livre (Benedict Evants)

Rosenberg a estimé quant à elle que les applications/eBooks enrichis n’étaient pas morts mais qu’ils n’avaient pas encore trouvé leur forme idéale. Il existe néanmoins de belles réussites, comme Three Little Pigs :

La culture des données

Kobo a une fois de plus révélé le profil de ses lecteurs (voir l’article de Guillaud du Digital Book World) et donné quelques chiffres intéressants.

On a par exemple appris qu’un utilisateur (les principaux clients de Kobo sont des femmes de 40-60 ans) qui active Facebook dans l’application Kobo reste 33 % de plus à naviguer/lire/expérimenter dedans…

Par ailleurs, si un lecteur sur smartphone achète peu de livres, il est cependant intéressant de capter son attention parce qu’il revient à intervalles réguliers.

Les livres ne sont plus sur les étagères…Utilisons les téléphones pour les socialiser (Andrew Bud, mBlox)

Kobo a une véritable culture des données. Michael Tamblyn révèle ainsi que chaque équipe de l’entreprise a des informations non seulement sur les ventes mais sur les plateformes, les formats, les supports sur lesquels sont lus leurs livres.

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Des statistiques/données sur les consommateurs et les éditeurs sont donc en permanence renouvelées, sachant qu’en 4 mois le marché a tellement bougé qu’elles ne valent plus rien.

Il nous a fallu 10 mois pour avoir 1 million d’utilisateurs, 90 jours pour 2 millions et 14 autres pour le 3ème million (Kobo)

Marketing

Le but, à partir de ces données : reproduire l’efficacité de la recommandation et de la sérendipité (Benedict Evans, consultante). Jamais le marketing n’a été aussi important pour les éditeurs (face à la menace représentée par Google, Apple et Facebook qui veulent s’accaparer les données sur les utilisateurs).

Avec une telle abondance, il faut en effet apprendre à cibler très efficacement les lecteurs, même si le ciblage peut aujourd’hui coûter cher, compte tenu de la multiplicité des plateformes et des supports.

Nous devons comprendre les attentes des lecteurs et leur offrir ce que nous savons qu’ils veulent (Tanya Field, O2 Strategy Director)

Les données obtenues doivent permettre d’affiner en permanence le contenu à la consommation. Les opérateurs mobiles, qui détiennent de précieuses informations, ont intérêt à travailler avec les éditeurs, qui créent le contenu.

Les alliances sont donc à multiplier même si certaines paraissent has been. L’alliance entre Microsoft et Nokia a ainsi poussé Daniel Winner à faire une amusante comparaison : « Sorte de couple que vous trouvez à la fin d’une discothèque quand tous les gens cools sont déjà partis. »

L’alliance Nokia/Microsoft ? « Sorte de couple que vous trouvez à la fin d’une discothèque quand tous les gens cools sont déjà partis »

Auteurs et éditeurs

Les éditeurs ont encore du chemin à faire dans la compréhension du lectorat et l’organisation du contenu. L’agent littéraire Brian de Fore trouve ainsi qu’ils sont encore bien mauvais pour s’adresser à eux.

L’expérience de l’utilisateur est vitale et l’éditeur en est aujourd’hui responsable du début à la fin. Cette expérience doit être simple et le chemin entre le désir et sa satisfaction, réduit au maximum (Andrew Bud).

Je plains les auteurs auto-édités qui vont passer leur temps à essayer de se faire connaître (Brian de Fore)

La tâche des éditeurs va bientôt se compliquer avec des auteurs qui exigeront de plus en plus, notamment en termes promotionnels via les réseaux. Pour les satisfaire, ils devront également augmenter leurs revenus.

Les auteurs ont quant à eux le devoir d’investir le monde numérique pour tirer partie de ses possibilités et monnayer leur travail, en partenariat avec les éditeurs.

Ils ont également intérêt à se sentir concernés par le piratage (même si une auteure, Lisa Gee, a dit qu’elle ne le craignait pas) : un eBook est en effet aussi facile à pirater qu’un MP3.

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