Pamuk est un grand écrivain français, auquel les turcs préférent Kemal. Grand écrivain français, donc (ou, pour reprendre une formule usée « le plus français des écrivains turcs de langue turque »), qui me rappelle l’écriture sensuelle de Proust et de Julien Gracq, avant tout marquer par un génie de la correspondance et des associations d’idées, que maîtrise tout grand synesthète (ou romancier, mais c’est évidemment un synonyme pour moi).
Malheureusement, je n’ai pas sous la main Istanbul, qui l’a fait connaître au monde et fait gagner son Nobel, pour en extraire quelques perles mais je garde un beau souvenir de sa description du Bosphore et peut-être surtout de ses déploiements d’impacts, ces petites fissures qui, dans l’écriture, célèbrent le monde et la sensation et obligent ainsi à prendre mieux conscience de son environnement, voire de notre présence, dont nous ne percevons que trop rarement l’existence, sans doute trop pris dans le flux du temps.
Mais si, par certains côtés, Pamuk se rapproche de l’écriture classique de Gracq ou de Proust, il n’en reste pas moins curieux des nouvelles technologies. Ainsi affirme-t-il, dans une interview publiée par un journal turc, qu’il s’est peut-être montré méprisant avec le livre numérique, du moins à ses débuts, et qu’il y voit aujourd’hui des avantages (bibliothèque portative). Twitter également fait l’objet d’une réévaluation, qui autorisera (et autorise déjà) selon lui les écrivains à expérimenter de nouveaux dispositifs d’écriture, proches des haïkus. Et moi de rêver suivre Pamuk sur twitter distiller quelques impacts sensuels sur sa ville, son pays, ma ville, mon pays…
