Le débat sur le prêt de livres numériques, agité chez nous (voir le billet de Silvère) et dans le monde anglo-saxon (synthèse d’Inaglobal), fait l’objet d’un accueil (un peu) moins passionnel en Europe de l’est (notamment en Pologne) et au Portugal. 42 bibliothèques portugaises sont en effet déjà dans une phase finale de tests pour lancer une plateforme de prêt de livres numériques (via Tek).
Développée depuis 4 ans par Marka, la structure aura nécessité 900 000 euros d’investissement et une équipe de 14 ingénieurs. Sa mise en place n’a cependant pas été facile, comme les éditeurs ont d’abord montré des réticences, par crainte classique du piratage (mais l’introduction de DRM et d’un système d’authentification des usagers des bibliothèques aura certainement fini de les convaincre).
Ce sont également les conditions économiques qui ont dû les pousser à faire l’expérience. Contrairement à ce qu’on croit en effet trop souvent (Silvère le rappelle bien) un livre numérique prêté « gratuitement » s’achète…et pas qu’une fois ! La logique est en effet implacable : comme dans une bibliothèque classique, il faut suffisamment d’exemplaires pour que plusieurs lecteurs puissent accéder au même livre; sinon, ils attendent leur tour, après réservation du titre (rappelons-nous : cette comparaison numérique/papier, poussée jusqu’à son extrême, avait poussé HarperCollins à inventer la notion de « livre numérique usé » au bout de 26 utilisations…). L’idée selon laquelle le prêt de livres numériques cannibaliserait les ventes de livres est donc fausse, et d’autant plus que le prix du livre numérique destiné au prêt n’a pas cessé d’augmenter.
De récentes études aux Etats-Unis ont ainsi montré combien la découverte de livres en bibliothèque stimulait l’activité économique de l’édition, comme 50 % des lecteurs achètent ensuite les titres de l’auteur d’abord lu par ce biais (reste à savoir si les bibliothèques doivent soutenir cette activité)…Par ailleurs, en France, « la population compte presque trois fois plus d’acheteurs de livres que d’emprunteurs« . « Les bibliothèques apparaissent [donc bien] davantage comme un bouc émissaire d’une situation dont la source est ailleurs« …

