L’édition jeunesse, que j’aime beaucoup (l’un de mes livres préférés, Les Histoires comme ça de Kipling) montre le plus souvent la voie aux éditeurs pour adultes, moins embarrassée par les discours, représentations et fantasmes sur le livre et la lecture, plutôt occupée à penser à son public qu’elle tente de satisfaire en déployant un arsenal riche de trésors et sans s’appesantir plus que de raison sur le qu’en-dira-t-on institutionnel.

Le projet que je découvre ce matin, suite à l’abonnement de son éditeur à mon flux Twitter (comme quoi, ça attire parfois l’attention ;), s’inscrit parfaitement dans ce cadre.  Sans grand étonnement, Hiboo est mené par des étudiants de Gobelins (au passage et promo, failli faire un MS là-bas et ai finalement opté pour l’Ina en partenariat avec Paris Tech), qui s’illustrent très souvent par leur maîtrise de l’animation (voir le magnifique Oktapodi). Une vidéo de leur travail a récemment été publiée (précédée de celle-ci qui, intelligemment et avec les moyens du bord, plutôt que de porter l’accent sur l’appareil de lecture met le corps du lecteur en scène) :

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C’est très prometteur (mais pas prêt de sortir ;). La démonstration disponible sur le site internet de Hiboo révèle par exemple la façon dont est conçu le livre : comme une exploration territoriale, à la manière du voyageur conquérant et en inscrivant l’adolescent dans un réseau socionumérique, c’est-à-dire un dispositif de capture qui tient compte de ses pratiques pour le fédérer et le pousser par la gamification à poursuivre sa lecture.Badges hiboo jeunesse lecture numérique Autour de la lecture numérique jeunesse : létonnant projet Hiboo des Gobelins

Très intéressants également, et fondamentaux, l’utilisation de la carte, comme fabrique culturel du territoire (celui de la marque), du sommaire et de la table des matières comme parcours de navigation (voir mon billet sur Kobo là-dessus : dynamique de la note et de l’espace), et enfin l’utilisation d’un langage tribal (« le fouineur », etc.), inscrit non seulement dans le livre même mais également dans le paratexte (« mon cockpit ») ou signes passeurs [E. Souchier], soit l’ensemble des boutons qui, à chaque activation, renforce l’adhésion à la langue de l’application. Autrement dit : c’est par un dispositif de capture apparemment bien dosé, à la fois corporel et intellectuel, notamment marqué par la manipulation et la déformation du texte (une bougie doit par exemple être agitée pour lire; un texte ondule) qui révèle sa nature (c’est aussi une image), que Hiboo parviendra à développer une communauté, ou ensemble de personnes qui partagent un langage, un territoire et des valeurs.

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