JellyBooks est attendu depuis longtemps. J’en parlais déjà en septembre dernier et m’interrogeais sur le logo finalement choisi par son fondateur (Andrew Rhomberg, à suivre sur Twitter) Je m’étais cependant trompé (et Andrew me l’avait fait remarquer) : JellyBooks n’est pas un énième réseau de lecteurs, comme je le pensais alors, mais un service de recommandation de livres doté de fonctionnalités de partage (Twitter, Facebook).
Et il peut d’abord dérouter (Eric Hellman le remarque bien). Il ne repose pas sur une recommandation par « maximisation de la prédiction » (les chemins par lesquels passent la majorité des utilisateurs et par lesquels vous seriez susceptibles de passer – voir GoodReads), par analyse du contenu (à la manière de Book Genome Project ou Small Demons), par cercles ou par celui de l’historique d’achat (Amazon), qui imposerait la mise en place de métriques visibles (critiques, votes, etc.). JellyBooks repose en effet – comme Zite ou Last.fm - davantage sur la recommandation par apprentissage de vos comportements de sélection et de partage.
C’est précisément ce qui explique que la plateforme soit si dépouillée. Elle doit en effet répondre à une seule question : « Bon, et qu’est-ce que je lis maintenant ? » (un What Should I Read Next ? like). Elle ne s’adresse donc pas à des universitaires qui souhaiteraient trouver des livres semblables à ceux déjà présents dans leur bibliothèque pour étendre leur champ d’action (LibraryThing ou Mendeley sont assez bons pour ça); elle s’adresse au « grand public » (d’où la navigation par image, c’est-à-dire par un repérage guidé de l’information).
Spent 30 minutes translating post by @sobookonline sobookonline.fr/actu-ebooks/ac… into English – so much for 4 years of French at school :(
— Andrew Rhomberg (@arhomberg) Mars 26, 2012
@SoBookOnline our goal is to apply it so discreetly, so imperceptible, that you barely notice’ users are turned off by pushy recommendations
— Andrew Rhomberg (@arhomberg) Mars 26, 2012
@SoBookOnline sometimes the most obvious is most effective, we did 9 months of user research before starting to code -> longtemps
— Andrew Rhomberg (@arhomberg) Mars 26, 2012
Les fonctionnalités sont donc limitées aux besoins pressentis : accès direct à un titre par simple clic sur sa couverture (méthode des tables des libraires dont s’inspire JellyBooks – et de Pinterest maintenant), puis possibilités de télécharger un extrait en avant-première sans DRM (sur iPad, ordinateur, téléphone)/de partager la nouvelle sur Twitter/Facebook et enfin…de faire un « deal ». JellyBooks désigne par là une pratique bien connue des utilisateurs de Groupon : l’achat groupé, soit la réduction du prix d’un produit grâce à l’augmentation du volume de ses ventes (impossible en France, prix unique du livre oblige). Il suffit ici d’activer le deal et d’attendre qu’un nombre assez important de lecteurs ait fait le même pour voir le prix d’un livre diminuer.
Emmenez-moi, chemins !…(Marceline Desbordes-Valmore)
Pas de moteur de recherche, pas d’étagères, pas de suggestion avant la question, pas de listes, pas de documentation de soi : la sacro-sainte « sérendipité », dont certains estiment qu’elle est un mythe, est glorifiée ou plutôt mise en scène. Le scrolling vertigineux sans fin, comme une plongée dans le trou d’une Alice qui découvrirait des milliers de bonbons à savourer (la lecture et la nourriture empruntent souvent le même vocabulaire), matérialise ainsi cette abysse de la découverte retrouvée, hasardeuse, non organisée. Illusoire, évidemment : elle n’est qu’une des catégories de la sérendipité algorithmée, invisible à nos yeux de profanes mais dont l’intérêt est de « replacer l’usager au centre de la définition de la pertinence« . Reste à savoir si c’est bien ce type de sérendipité que nous voulons pour nous mener sur des chemins de traverse.

