L’application Libroid pour iPad a pointé le bout de son museau en octobre dernier, à la foire de Francfort 2010. Elle n’était alors pas encore disponible à l’achat mais une vidéo circulait déjà sur youtube :

Adaptation d’un best-seller

On peut acheter l’application depuis quelques semaines déjà à 7 euros environ (oui, je me suis ruiné ;). C’est un nouveau format qu’invente son auteur, Jürgen, déclinable à l’infini et pour d’autres contenus.

Pour cette première appli’, on aura droit à un récit de voyage « dans les pas de Darwin », adapté de son best-seller, en plusieurs langues (le français y connaissent pas…).

Trois zones

L’originalité du livre est clairement perceptible : elle profite d’un découpage de l’écran en trois zones. La première, centrale, accueille le texte. La deuxième, à gauche, un panorama de photos; la troisième, à droite, des liens, sources, documents qui se réfèrent à des éléments du texte et qui permettent d’apporter un complément d’informations :

IMG 04151 Le Libroid et le syndrome dElpénor

Dans une interview accordée au Stuttgarter Nachrichten, son auteur, Jürgen explique : « [Les eBooks ne]  sont souvent pas plus qu’une image numérique du livre imprimé. Libroid fournit une nouvelle valeur pour la lecture et rompt avec les traditions de la typographie classique. »

Le syndrome d’Elpénor

En effet, c’est surprenant…mais a priori pas désorientant. Libroid limite en effet les renvois vers d’autres interfaces et, par conséquent, la superposition mentale de deux interfaces.

  • Une expression médicale
Elpénor Le Libroid et le syndrome dElpénor

"Elpénor est le seul compagnon d'Ulysse à périr sur l'île de Circé : s'étant enivré, il tombe de la terrasse du palais de Circé et se tue sur le coup"

L’expression est également bien connue du monde médical, duquel elle est issue : il s’agit d’un état de demi-conscience qui s’accompagne de désorientation spatiale.

  • Un syndrome proustien

Proust le décrit très bien au début de La Recherche du temps perdu quand il s’imagine se réveiller chez lui, alors qu’il est dans une chambre d’hôtel.

Deux niveaux se superposent alors : la représentation mentale de la première chambre avec laquelle l’auteur « lit » la seconde.

Phénomène désagréable que nous avons tous éprouvé : on se réveille, vaseux, en touchant le mur de droite de l’hôtel, avec la certitude, durant un instant, de toucher la commode de notre chambre.

  • Le web, lieu d’Elpénor

Le web, royaume de l’hypertexte, est le lieu courant du syndrome d’Elpénor.

Le lecteur se construit en effet « dans le premier environnement, à savoir l’œuvre, un modèle mental qu’il va continuer à utiliser quelques temps pour interpréter l’information lue dans le second environnement. » (cf. Le lecteur capturé)

  • Libroid et l’hypertexte

Les renvois sur le Libroid ne posent pas de problème, quand le site est connu (Wikipédia) : la première représentation mentale (Libroid) est rapidement effacée au profit de l’identification immédiate de la seconde (Wikipédia).

Là où ça peut éventuellement coincer, c’est lorsque le site n’est pas aussitôt identifié. A ce moment, en effet, les informations dans le Libroid servent d’abord à identifier celles du site vers lesquelles elles pointent.

Mais, encore une fois, ce n’est pas désorientant. C’est que la division de l’interface en trois zones donne une indication sur la manière dont seront utilisés chaque élément de chaque zone.

L’horizon d’attente est alors clairement et vite identifié : à droite, les liens renverront le plus souvent à des éléments externes. Ainsi, la solution au syndrome d’Elpénor est peut-être la distinction très marquée entre les objets (application, site web) qui assurent une clôture ouverte de l’application utilisée.