Amazon et la muselière des métadonnées
Le trésor de guerre d’Amazon, ce sont ses métadonnées. Dans le cas des livres, par exemple, la majorité des réseaux socionumériques de lecteurs s’en servent pour obtenir des fiches de description (avec titre, auteur, éditeur, date, ISBN, etc.) qui sont leur matériau de base. Car sans elles, un nombre considérable de fonctionnalités seraient en effet impossibles (ajouter des livres, en faire la critique, etc.).
Mais ces métadonnées ne peuvent pas être utilisées n’importe comment. Un réseau comme Babélio, par exemple, serait bien embêté s’il désirait lancer une application mobile, comme Amazon refuse l’exploitation de ses métadonnées dans ces conditions (et l’entreprise ne plaisante pas : Delicious Library, qui avait lancé son application iPhone sans respecter la licence d’Amazon a dû la retirer quelques mois plus tard !). Tout va donc pour le mieux avec l’entreprise, jusqu’au moment où l’on commence à avoir un peu plus d’ambition…
Les projets trop ambitieux de Goodreads en cause ?
Or, on sait depuis quelques temps que Goodreads s’interroge très sérieusement sur la possibilité de lancer un abonnement illimité à la lecture numérique (un récent sondage public demandait ainsi combien les lecteurs seraient prêts à payer pour un tel service; certains membres ont ensuite été invités par mail à répondre à un autre sondage privé). On peut donc imaginer qu’Amazon n’a pas vraiment apprécié que ce qui jusque-là n’était qu’un réseau de lecteurs commence à empiéter sur son terrain…
Goodreads avait sans doute prévu le durcissement de la politique d’Amazon et pensait d’ailleurs déjà à sa migration, comme en témoigne le lancement récent de son application iPad suite à un probable achat d’une autre base de données (c’est l’hypothèse qu’avait faite Pierre Frémaux de Babelio après cette annonce). Aujourd’hui, Goodreads a décidé d’aller plus loin et de se passer d’Amazon.
Goodreads se passera donc à l’avenir des métadonnées d’Amazon
L’un des acteurs du plus important réseau de lecteurs (qui se présente plutôt comme tel) a en effet annoncé qu’à partir du 30 janvier il ne diffusera plus de données livresques en provenance d’Amazon.
La raison est très claire : Amazon serait devenu de plus en plus restrictif (à mon avis, Amazon l’a toujours été : Goodreads ne fait que découvrir une situation qu’il n’avait jusque-là aucune raison de connaître, n’étant « qu’un » réseau de lecteurs). C’est pourquoi Goodreads va importer 14 millions d’ISBN d’une autre source avec des conséquences évidentes pour les utilisateurs : leurs productions (critiques et votes) seront certes conservées en sécurité mais il se peut que certaines ne trouvent pas leur emplacement exact (une critique émise à partir d’une édition d’un livre pourrait par exemple être attribuée à une autre édition du même livre voire liée à un livre sans titre ni auteur, faute de données). Autrement dit : elles risquent de devenir inexpoitables comme certaines fiches, qui n’existaient que sur Amazon (notamment les livres auto-publiés via la plateforme de l’entreprise), seront de fait supprimés…ce qui, bien évidemment, a provoqué l’étonnement de certains auteurs affiliés au programme de Goodreads qui leur permet de mieux cibler leurs lecteurs et de vendre leurs livres via un lien Amazon (aujourd’hui retiré et remplacé vers un lien en direction de la boutique de Barnes & Noble).
Une rupture brutale et rapide…
Dans ce but, Goodreads a mis au point un outil qui doit permettre aux membres de « sauver » leurs livres en puisant dans d’autres bases de données avant la deadline du 30 janvier manifestement imposée par Amazon :
Vu la réaction furieuse des membres, on ne peut pas croire que Goodreads (très à l’écoute) leur impose un délai si court pour faire leurs opérations…Tout porte donc à croire que la rupture a été réalisée dans la précipitation, de façon brutale et unilatérale par Amazon (certains auteurs font l’hypothèse inverse mais je n’y crois pas beaucoup) qui utilise - comme d’autres; arme banale - ses conditions d’utilisation et ses métadonnées comme un cheval de Troie pour contrôler ses partenaires et punir ses futurs concurrents bien souvent conscients de ces problèmes mais sans autre moyen (à ma connaissance, Babelio ne peut par exemple pas utiliser la base bibliographique d’Electre), faute de volonté institutionnelle et sans doute politique.



Excellente synthèse, les points de jonction, friction et rupture de myriade d’acteurs avec Amazon méritent le coup de projecteur.
J’ai commencé des recherches pour un article sur la mise à mort et la résurrection de Stanza fin 2011, Lexycle ayant été racheté par Amazon l’application cessait simplement de fonctionner sur iOS4 faute de mise à jour…
Un carottage de la blogosphère à cette période précise révèle un cri poignant de lecteurs face à une application où leur liste de livre, leur lecture en cours était bloqué derrière une porte blindée.
Maintenant c’est l’épée de Damoclès, puisque l’update finalement apportée (pour des raisons que j’essaierai de creuser, l’euthanasie de l’application aurait pu être à double tranchant…) est censée être la dernière.
Soit dit en passant si tu connais des afficionados Stanza de lecture sur iPhone ou iPod Touch, je serai heureux de les interroger sur la question…
Hello,
fais l’annonce sur Twitter je relayerai !
Marc
merci :-)