J’avais prévenu Isabelle Aveline, la fondatrice de Zazie Web, qu’un réseau italien de lecteurs (Zazie.it) allait être lancé à la rentrée et qu’il reprendrait, alors même qu’aucune autorisation n’a été donnée, le nom de son mythique réseau. Jusque-là, aucune fonction n’était en démonstration et j’attendais un peu nerveusement, café à la main tous les soirs, quelques révélations.
C’est donc totalement par hasard, en essayant de finir la partie II d’À la recherche de la lecture asociale, que je découvris ô surprise son lancement en version bêta (et c’est ainsi à ma connaissance le deuxième réseau social italien de lecteurs après Bookliners). Les fonctions sont attendues : constitution d’une bibliothèque et d’un capital social (potentiel) à partir de l’ajout d’amis, critiques de livres, etc. à première vue, du très classique de chez très classique et du vu de chez revu.
La différence, c’est que le livre ajouté dans une bibliothèque peut être qualifié à partir de deux niveaux, jusque-là inexploités par les réseaux sociaux de lecteurs (mais non pas par les moteurs de recherche sensitifs) : émotionnel et spatio-temporel. Par exemple, si un livre provoque chez vous tristesse et mélancolie, Zazie.it vous permet de le signifier grâce à une liste prédéfinie d’émoticônes (et c’est d’autant plus hasardeux de faire ainsi reposer son réseau social sur cette fonction que les émoticônes est une marque sous droit). De même du lieu et du temps de la lecture, qu’il est possible de préciser (sous un arbre en été, sous la couette en hiver, dans un car ou en bateau). Le dispositif technique détermine ainsi en amont des écritures (car cocher une case est déjà un acte plein d’écriture), qui ne sauraient être totalement libres, sous peine d’être inexploitables (problème que Kobo avec Reading Life a réglé en automatisant l’observation spatio-temporelle et métrique du lecteur).
À terme en effet, ces données doivent permettre un affinage de l’algorithme de recommandation, qui ne peut plus seulement reposer, du moins sur un réseau social où les lieux et les temps de la lecture, c’est-à-dire les conditions dans lesquelles s’exerce la bibliothèque, sont autant importants, sinon plus, que ce qui est lu, parce que ce sont précisément elles qui accroissent le niveau de l’échange conversationnel promis par le réseau.
