Entrée livre ebooks réseau social lecteurs Non, le réseau de lecteurs Entrée Livre nest PAS une parodie !J’ai récemment été informé du lancement prochain d’un réseau consacré aux livres et administré par Decitre. Hé bien, ce réseau – Entrée Livre – vient tout juste d’être lancé (via ActuaLitté). Encore un pour la France rajouterais-je, après Libfly, Lecteurs.com, MyBook, Ça j’adore et Babelio le vétéran (qu’il est sans doute un peu injuste de mettre dans le même sac) et un énième pour le monde (après LibraryThing, GoodReads, Open Margin, BookLiners, aNobii, Copia, etc.).

Pour l’occasion, une vidéo a été réalisée. Market’ révélateur du service : donner d’emblée à l’internaute – réputé infidèle et zappeur – une indication lâche sur le temps qu’il va devoir consacrer à cette activité (« lâche » parce qu’elle est imprécise : la vidéo annonce 2 minutes, le site 1 minute et une image trompeuse du lecteur vidéo 30 secs pour inciter au clic…On se fiche donc de la précision, l’important est qu’il y ait une indication).

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Et l’on sent bien à observer Entrée Livre que chaque étude, chaque rapport, chaque statistique sur les lecteurs a été traduit dans un dispositif marketing, graphique et fonctionnel. Etrange, par exemple, cette Lola, sorte de construction intellectuelle, d’outil de positionnement (comme la ménagère de moins de 50 ans) qui ne révèle que sa fonction (s’identifier, cibler le lecteur qui est, selon les études, avant tout une lectrice), au point qu’on ne voit plus qu’elle (la fonction), quand Lola devait incarner un type de lecteur (les signes symboliques – ici représentés –, à l’inverse des signes iconiques – absents, excepté le livre –, s’accommodent mal des prénoms).

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La vidéo révèle donc le discours et les articulations logiques sur lesquelles repose Entrée Livre. Un découpage textuel du message publicitaire assure d’abord son assimilation par un didactisme forcené, que matérialisent par exemple l’abondance des verbes d’action (rejoindre, créer, noter, voter, etc.), le déroulement des fonctionnalités et la correspondance de points textuels saillants (pour « marquer les esprits ») à des plans. Autrement dit : ce service s’adresse à un public qui ne connaîtrait rien des réseaux de lecteurs mais dont la capacité à reconnaître la valeur de certains signes (le livre en ouverture, par exemple) en fait un objet potentiel de capture.

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Les fonctionnalités proposées, quoiqu’en dise le discours d’Entrée Livre, sont archi connues, d’une part parce qu’il faut pouvoir créer un environnement reconnaissable d’emblée pour ce public (et que cet environnement reproduit donc en partie, par circulation, automatiquement, ceux des autres réseaux (ajout d’amis, commentaires, tags-émotions à sélectionner qui confortent et valident l’idée commune selon laquelle la lecture serait avant tout affaire de « ressenti », etc.)) et d’autre part parce que les réseaux de lecteurs nécessitent l’introduction d’un certain type d’outils (vote, listes, tags, bibliothèque) naturels au monde du livre et nécessaires à leur visibilité et viabilité (production et croisement des données par fiche pour améliorer le référencement et l’affinage algorithmique). Et c’est notamment pourquoi – mais comme sur tous les réseaux socionumériques, de lecteurs ou non – il est difficile d’accéder à la promesse du site (la recommandation, le conseil) sans passer par l’accroissement de son propre réseau-rets, c’est-à-dire par la construction de sa propre capture.

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Or, pour valoriser des outils connus, Entrée Livre est amené à faire d’un fait (60 000 livres publiés chaque année) un problème (la trentenaire manque de temps pour les trier) que sa palette de recommandation (de l’algorithme aux conseils des amis et « défricheurs »-non-amis-dont-on-peut-suivre-l’activité) pourra d’autant mieux résoudre qu’elle est assez large pour couvrir le spectre supposé des comportements de recherche. Les listes établies par les lecteurs (sur le modèle de GoodReads pour la fonction et aNobii pour la visibilité donnée à cette fonction) n’ont pas d’autres buts que de pallier les manquements de l’algorithme en introduisant une part (régulée) d’accidentel et de contingence dans un univers déterminé par les faisceaux de relations.

Entrée Livre a ainsi constitué un état de l’art à partir duquel il a puisé à peu près toutes ses idées (mise à part la fonction d’export de ses données par l’utilisateur pour les faire migrer vers un autre réseau social…), de l’importance donnée à la liste (aNobii), aux tags-émotions (Zazie.it), aux points d’entrée variés dans un texte à la manière de Librarything (date, personnages, lieux) ou de Small Demons, jusqu’aux contraintes relationnelles et abonnement aux mises à jour d’ inconnus ou de personnages publics identifiés (comme initialement sur Twitter, puis Google-cercles et maintenant Facebook). Il n’y a évidemment aucun reproche à faire à Entrée Livre dans la mesure où, d’une part, la plupart de ces outils sont devenus des normes de constitution d’un réseau « social » en ligne et que, d’autre part, ses fondateurs ont simplement su repérer les bonnes initiatives pour les adapter à leur propre réseau (ce qui constitue déjà potentiellement un travail difficile d’intégration dans un autre espace – et ici, c’est par exemple l’adoption d’un vocabulaire – « défricheurs » – nécessaire à la distinction de statuts ou l’exploitation des données pour sans doute personnaliser les couvertures des librairies Decitre).

Mais ça ne fonctionne pas toujours. Ainsi de cette page qui assimile les livres à des conquêtes (vieux topos déjà exploité par MyBOOX - Merci P.) et qui emprunte par allusion (très appuyée ;) au vocabulaire de la sexualité :

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Là encore, on voit, au-delà de la stratégie marketing (il en faut bien une, normal), les traces du business plan qui préconisait probablement de s’adresser à toutes les cibles du site – soit la trentenaire-Bridget-pommée-indécise, la cougar-bienveillante et le séducteur-salaud-tête-à-claques – au point qu’on en vient à penser, si l’on devait tomber sur cette page sans être passé par l’accueil, qu’on a ici affaire à une parodie à côté de la plaque.