Andrew Rhomberg, le fondateur de JellyBooks (un réseau social de lecteurs, qui n’en finit plus d’être en gestation…), m’avait invité sur twitter, alors que je lui disais mon intérêt pour son projet, à participer au choix de son logo (au passage, j’attends toujours qu’il me livre quelques captures d’écran de JellyBooks mais je commence maintenant à désespérer ;). Le concours a manifestement été un succès. Ce sont en effet 273 logos qui ont été proposés par 56 designers. Pas plus de suspense, voici le gagnant (plutôt réussi) :

JellyBooks social reading2 Quel logo pour un réseau social de lecteurs ? Lexemple de JellyBooks

Dans les pensées du designer…

Le designer retenu (biguidi’dg) avait multiplié ses chances de succès, en livrant une dizaine de réalisation, avec plus ou moins de changements à chaque fois et  de réussite. Je distinguerai deux catégories de logos :

  • Ceux qui apportent une très légère variation (mais fondamentale) par rapport au logo gagnant (le plus souvent une redistribution de l’espace : « books » à droite, l’iPad en bas, etc.).
  • Ceux qui, sans s’en distinguer radicalement (on reconnaît plus ou moins la patte du designer), travaillent une autre idée (« JellyBooks » inséré dans un nuage pour évoquer le Cloud Computing, par exemple).

Deux étapes ont donc présidé aux réalisations du designer : la première a consisté à trouver l’idée tandis que la seconde s’est efforcée de la réaliser dans un work in progress. Les tâtonnements montrent en effet que Biguidi’dg n’a pas seulement soumis des logos au vote, mais que, comme dans tout acte de création, il a demandé à ce qu’on mette fin à ses tâtonnements et ses variations obsédantes en les soumettant aux votes.

Les métaphores du livre

Le logo retenu offre un bel équilibre qui fonctionne essentiellement par relation, compensation et transfert de représentations. Si, par exemple, Jellybooks » avait seulement été accolé à un iPad, l’idée même du livre – au sens platonicien – aurait manqué : encore aujourd’hui, et sans doute pour quelques temps encore (mis à part avec les eReaders), la reconnaissance et l’identification d’un livre passe par une forme relativement stable, matériellement stable (ce sont les « pouvoirs de suggestion du papier« ). C’est ce qui explique que la plupart des librairies, réseaux sociaux de lecteurs, etc. en appellent à des objets de reconnaissance stéréotypés :

Red Lemonade ebooks livre social social reading Quel logo pour un réseau social de lecteurs ? Lexemple de JellyBooks

Ici, ces objets sont plus lâches et c’est bien par une prise en compte du réseau des éléments en présence que l’identification de l’idée du livre se fait. Le designer a sans doute cherché à s’extraire de métaphores livresques trop marquées (la vieille couverture, la reliure, etc.) qui seraient certes venues légitimer culturellement le projet mais au risque de supplanter sa caractéristique informatique, sans pouvoir totalement le faire pour autant (parce qu’il fallait, dans le même temps, faire exister des éléments difficiles à associer intuitivement aux livres, comme l’iPad, et parce que le livre imprimé reste – dans nos représentations – une technologie de lecture symbolique, qui vient tout de suite qualifier, éclaircir, une pratique; il participe ainsi d’une mémoire collective des gestes).

Culture du livre, culture informatique et culture numérique

Aussi la solution trouvée est bien celle de la relation et du transfert, chaque élément s’équilibrant et mobilisant ses représentations, tandis qu’il se teinte de celles des autres, sans s’y associer complètement cependant (vous suivez toujours ? ;). Par cette compensation, ce n’est alors plus le livre en tant qu’objet qui est (seulement) mis en signe mais le mouvement même, le geste du lecteur qui vient annoncer par son action la tablette, en « tournant » la prochaine « page ». La culture du livre et la culture informatique se fondent ainsi dans une même technique corporelle qui traduit leur synthèse et l’accession tant espérée à une culture numérique.

Sculpture livre lecture anthropologie 4 Quel logo pour un réseau social de lecteurs ? Lexemple de JellyBooks

Les recalés : le nuage, le livre et le haricot

C’est peut-être pourquoi un tas d’autres logos n’ont pas été retenus, soit parce qu’ils orientaient beaucoup trop le projet (les nuages, le cloud), soit parce qu’ils se référaient trop au livre sans y intégrer sa part numérique, soit enfin parce que les signes de reconnaissance étaient trop faibles ou mobilisaient de trop fortes allusions peu efficaces  (« jelly beans », le bonbon haricot/dragibus qui renvoie au titre du projet, fantaisiste : « Jelly Books ») :

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