Je viens tout juste de découvrir la plateforme Quote.fm après être tombé « par hasard » sur un article en allemand au sujet de la « lecture sociale ». La plateforme permet de collecter/trouver des textes, de les partager et d’en parler. Mais, à la différence de Twitter ou de Facebook, où l’on ne trouve que des vidéos YouTube (sic), Quote se positionne comme un « réseau social » qualitatif et fait ainsi de l’épuration du « texte », débarrassé des vidéos, des photos bref, de l’inattention qui nous empêcherait de lire, son idéal (comme Clearly, Instapaper, etc.). Quote repose donc d’abord sur une série de représentations sur le texte et la lecture, limité pour le premier à une suite de mots ordonnés et dont la qualité est assimilée pour la seconde à la lecture « intensive » (par opposition à la lecture « extensive ») dont le service déplore la difficulté d’exercice sur le web.

Le texte et la lecture sont négligés, pris dans le tourbillon de photos et de vidéos de chatons mignons (FAQ de Quote)

Le fonctionnement, simple, est semblable à celui de Pinterest : un marque-page (« bookmarklet« ) implanté dans le navigateur, assure la collecte et le rapatriement sur Quote des textes trouvés par l’internaute (pour des raisons juridiques, seuls des fragments peuvent être lus; un lien renvoie donc au texte entier sur son site de publication). Mais à l’inverse des plateformes classiques de « social bookmarking« , et pour rester cohérent avec son objectif (s’assurer que les textes sont lus), Quote oblige la sélection d’un passage qui fait office de geste éditorial :

Quote partager trouver texte recommander social reading Quote.fm : trouver des textes, les partager et en parler

Le fragment est alors disponible aussitôt sur Quote et peut dès cet instant être commenté/sauvegardé/recité :

Quote partager trouver texte recommander social reading fragment Quote.fm : trouver des textes, les partager et en parler

La découverte des textes se fait par deux modes :  popularité et date de la cueillette. Bref, rien de bien révolutionnaire. Tout repose en effet sur le hit, le vote, le like, le ranking : ainsi de certains utilisateurs qui peuvent être élevés au rang de « curateurs ». On a donc affaire ici à une adaptation des formes éditoriales de Facebook/Twitter (notifications, followers, etc.) spécialisée dans le partage et commentaire d’articles de journaux qui devra à terme s’inscrire dans un circuit de distribution pour peser du poids de sa recommandation.

Le service repose en effet sur un paradoxe : alors que la lecture longue, méditative est promue, c’est en fait la lecture indicielle qui est mise en avant (soit l’ensemble des éléments – citation, titre, lien, etc. – qui permettent ici de renvoyer au texte) sur une plateforme dont l’intérêt n’est pas que les lecteurs en sortent (ou relativement) mais qu’ils trouvent un noyau commun (le fragment) à partir duquel réagir. C’est pourquoi j’ai commencé ce billet en parlant de « discours », d’une position feinte démentie par les contraintes économiques et juridiques.