Y’a longtemps que j’avais plus entendu parler de Rethink Books. Aux dernières nouvelles (novembre 2011), on apprenait que la start-up avait levé 2 millions d’euros et lancé l’application First Chapters (lecture gratuite des premiers chapitres de best-sellers). Je m’interrogeais alors sur sa stratégie et me demandais si Rethink Books n’avait pas intérêt à se spécialiser de manière à proposer ses services de recommandation à des communautés très ciblées, ce que la société semblait envisager en se rapprochant d’éditeurs de littérature chrétienne.

On en sait aujourd’hui un peu plus sur cette plateforme. Je suis en effet tombé hier « par hasard » (mes hameçons-rss partent dans toutes les directions pour vous informer, chers lecteurs ;) sur le projet BookShout développé par…Rethink Books. Si le le PDF de présentation s’adresse à des groupes plus larges (la société veut sans doute faire la démonstration que son service est adaptable selon les besoins), la page d’accueil, elle, cible les larges communautés chrétiennes des Etats-Unis : « Lisez ensemble comme dans un petit groupe [de prières ?], un saint-ministère ou une église. » avec un programme de propagande très clair : « [Grâce à nous], La foi chrétienne va, elle aussi, avoir un impact sur les nouvelles technologies« .

BookShout repose en effet sur une série d’arguments, de comparaisons et de « constats » idéologiques :

  • Gutenberg a permis la propagation de la Bible et de la foi chrétienne : « pourquoi ne referions-nous pas la même chose dans un monde de 7 milliards d’individus où 10 % sont chrétiens » ?
  • Or, la majorité d’entre eux se trouvent sur les « réseaux sociaux ». Allons donc les chercher « là-bas »!
Rethink Books Church Propager la foi chrétienne : le projet de lecture sociale de Rethink Books
  • Apple a crée le support de diffusion du « message » mais pas le « message » (sic); Google a numérisé 12 millions de livres mais un seul (la Bible) les surpasse tous (sic).
  • En 2008, 275 000 titres étaient publiés par jour; bientôt, 300 000 églises pourront en parler et les partager. Or, la plupart des gens ne vont à l’église qu’une fois par semaine. Maintenant, ils peuvent le faire 24h/24h. Mais « l’église n’est pas qu’un un bel édifice et les gens n’apprennent pas seulement des pasteurs mais bien d’eux-mêmes ». « Nous n’irons plus à l’église : nous serons l’église. »
  • Qu’est-ce que cela change à la foi si « nous pouvons lire ensemble, étudier et partager n’importe quel livre sur n’importe quel appareil, suivre des amis, des curateurs, des auteurs et des pasteurs ?

Pour en savoir un peu plus, il faut aller voir du côté du PDF de présentation dont l’argumentaire repose sur un principe : « Enrichissez la lecture pour faire progresser les ventes« . Pour cela, vous devrez :

  • Construire une communauté de lecteurs en créant un « Bookshout » (un cercle à la Google qui peut être « un petit groupe, un ministère, un club de lecture, une classe ou ce que vous voulez. »)
  • Créer du « buzz » (sic) en amenant la communauté à partager ses « likes », ses « pensées » et ses « recommandations » sur Facebook et Twitter.
  • Rentrer en contact avec des ministères et des églises afin de constituer de petits groupes de lecteurs.
  • « Interagir » avec les lecteurs grâce aux commentaires effectués « dans » le texte, repérer les leaders et les encourager à partager leurs impressions sur vos livres.

Rethink Books Church Bookshout commentaire annotation Propager la foi chrétienne : le projet de lecture sociale de Rethink Books

On retrouve donc les grands classiques des réseaux généralistes et des réseaux de lecteurs, avec un effet loupe (parce que ces discours, dans nos contrées laïcisées, peuvent surprendre) sur le souhait de ces réseaux d’avoir un impact, par leur recommandation et leur dispositif technique, sur l’acte d’achat (totalement sous-estimé et fantasmé : comme si la seule magie du « buzz » pouvait convertir le clic de curiosité en adhésion) en s’inscrivant dans le circuit des communautés d’interprétation et, plus précisément, dans des cercles de lecteurs déterminés, c’est-à-dire dans un motif de circularité élitiste censé accroître la valeur des biens partagés.