Hier a eu lieu, sur une seule journée, le Tools of Change de Bologne que j’ai suivi sur Twitter (#tocbologna, 1000 tweets). Pour rappel, Tools of Change est un événement américain, exporté dans nos contrées (Allemagne, maintenant Italie…France bientôt ?). Les présentations/vidéos/slides seront bientôt disponibles :
, et j’attends par ailleurs le compte rendu d’acteurs anglais cette fois présents (The Futur of eBook, par exemple, un blog de l’indispensable The Book Seller).
Mais SoBook est impatient et n’a pas envie d’attendre, même s’il devrait terminer une synthèse d’un événement encore plus important, qui a récemment eu lieu en Italie (l’eBook Lab Italia, après IfBookThen).
Le TOC Bologna s’inscrit en fait dans un événement plus large : la foire de Bologne des livres pour enfants. TOC O’Reilly est donc chargé de rendre compte de l’édition numérique pour enfants, avant le lancement de la foire.
L’exercice auquel je me livre est difficile, comme je n’ai pas trouvé le programme : dur, par conséquent, de lier chaque tweet à la conférence référente. Je complèterai ce billet avec les articles de journaux anglais/italiens.
Ma méthode (contestable) : repérage des tweets intéressants, identification des acteurs, recoupage d’infos/tweets (une citation sans nom de l’auteur nécessite de trouver un autre tweet), distinguer les tweets-commentaires du tweet-citation, regroupement des tweets de la même conférence puis éclatement pour l’écriture d’un paragraphe sur une thématique avec intégration de quelques références-twitter.
Heureusement, tout était en anglais (ce qui montre que, contrairement à l’eBook Lab Italia, le TOC de Bologne est un événément international, pas vraiment tourné vers le marché italien).
Ma synthèse :
La génération Angry Birds
Tous les acteurs du TOC de Bologne ont estimé que les applications de lecture pour enfants étaient trop compliquées. Nombre d’entre elles sont très belles mais inutilisables (Van den Herik de Piccolo).
Elles doivent donc gagner en simplicité et répondre aux usages de la génération Angry Birds (un jeu célèbre). Si les enfants s’approprient ces outils, les parents suivront : moins chers que les eBooks pour adultes, ils les éduqueront. Les livres pour enfants sont ainsi un bon moyen d’amener les adultes récalcitrants au numérique.
Les applications
Avant de bâtir une application, donc, se demander quelle peut être son utilité : il doit y avoir une raison forte. Car le « livre papier reste un objet parfait » (Deborah Forte, Disney) : qu’est-ce que vous pouvez apporter de plus avec une appli’ ?
Tout le monde se demande comment faire alors qu’on devrait plutôt se demander : « Pourquoi le faire ? » (Martin Salisbury, artiste)
Si un petit éditeur décide tout de même d’en créer une, il a tout intérêt à la développer lui-même et à revendre le code ou bien à le réutiliser de manière à diminuer chaque fois plus les coûts de production.
La première application est toujours la plus chère : il suffit ensuite de reexploiter les outils développés. Règles, donc : ne pas dépenser trop d’argent là-dedans; trouver des développeurs à la recherche de contenus de qualité.
La simplicité est le maître mot : faites une seule chose avec votre application, mais faites-la bien (Kevin O’Connor, Barnes & Noble)
En résumé, la simplicité doit être le maître-mot car si la technologie peut faire beaucoup de choses, la question à se poser est la suivante : doit-elle le faire ? (Deb Gaffin, Nosy Chrow).
Le but : amener les enfants à lire (Kevin O’Connor), faire la promotion de la lecture (Anne Belle Abraham, Touchy Books) dans l’espoir d’atteindre le public mais surtout de l’amener à trouver les éditeurs.
Il n’y a donc pas besoin d’être un monstre à 3 têtes, comme Amazon, pour créer des applications : on peut faire peu de choses, mais bien les faire. Neal Koskins de Winged Chariot a ainsi joliment décrit sa compagnie comme un cordonnier italien de livre-applications.
La différence se fera au niveau du service, de la capacité d’actualisation des éditeurs. Ainsi, si le livre est un produit, l’application est un service, à actualiser en permanence. Il faut donc se demander que faire d’un livre une fois qu’il est acheté : diffuser son application sur un App’Store n’est qu’un commencement.
« Si le livre est un produit, l’application est un service. »
Les stratégies marketing doivent évoluer avec ces nouveaux objets : on peut imaginer de donner à lire des échantillons du contenu, de manière à laisser les gens expérimenter, partager, diffuser.
Car avant même de lire, estime Laura Donnini de Mondadori, un lecteur d’eBooks se connecte aux autres lecteurs, commente, partage.
Pour autant, si l’expérience est gratuite, l’accès doit rester payant : la gratuité est une pente glissante et on ne peut pas habituer un enfant de 5 ans à une vie où tout serait gratuit.
L’éducation aux eBooks passe ainsi par une éducation au payement (et peut-être une rééducation des parents). Le système d’Apple, grâce à son one-click, est un outil parfait qui permet d’accéder instantanément, par l’achat, à l’objet désiré.
Le multi-plateforme
Le HTML 5 permettra bientôt d’être multiplateforme, en développant une seule application compatible universellement. Grâce à ce langage, les éditeurs vont pouvoir enfin se consacrer davantage au contenu qu’à la technologie et aux formats.
La clé de réussite est d’être partout, sur toutes les plateformes, en n’en négligeant aucune. Il faut donc construire des partenariats avec plusieurs distributeurs; la seule règle est le partage des revenus.
« N’utilisez pas des méthodes traditionnelles pour faire la promotion de vos livres : vous cherchez maintenant à atteindre des cibles différentes » (Dean Johsnon, Bandwidth)
Un éditeur qui ne développerait que pour Apple se condamnerait car l’Apple Store est un bordel total où il est difficile de trouver une application.
Le consommateur veut savoir que son contenu sera en effet trouvable partout : intégrer un développement multiplateforme, avoir une stratégie média global 360 ° (papier/numérique), est donc indispensable (Sara Berliner, Scroll Motion).
Evitons la diffusion exclusive sur les plateformes propriétaires comme celle Apple : l’entreprise domine peut-être aujourd’hui, mais d’autres lieux de vente émergent (John Koppel, Scroll Motion).
Piratage et prix des livres
Brian O’Leary a plaidé pour un remodelage des modèles économiques. Le modèle traditionnel conduit au piratage : les clients attendent toujours, avant de pouvoir enfin acheter.
La vente de livres doit se faire sans DRM : toutes les recherches montrent que les ventes augmentent dans ces conditions et que les verrous n’ont par ailleurs aucun impact sur le niveau de piratage.
S’inscrire, par conséquent, dans le global, tester les marchés en assurant une circulation entre numérique et papier (impression à la demande) et en se montrant prêt à vendre par « morceaux » (une nouvelle d’un livre par exemple).
Marché
Les ventes de livres-applications ne sont pas énormes. Sur le marché danois, les éditeurs espèrent ainsi vendre 1000 unités/an.
Pour augmenter ce chiffre, Scroll Motion devrait annoncer un partenariat avec un best-seller dans les prochains mois, probablement de langue anglaise.
C’est que le marché anglophone est le plus prometteur. Les éditeurs allemands ont par exemple très peu de contenus numériques disponibles (mais 80 % devraient bientôt en offrir).
« L’édition numérique n’est pas une phrase : nous ne pouvons pas rester hors course » (Laura Donnini, Mondadori)
De la même façon, le marché italien n’offre que 10 000 eBooks (mais le chiffre doublera fin 2011 selon Laura Donnini de Mondadori d’autant que 500 000 iPads sont en circulation).
Quoiqu’il en soit, les éditeurs ont à faire de gros efforts car « le numérique n’est pas une phrase : nous ne pouvons pas rester hors course. »
Ecrivains et artistes
Auteurs et artistes doivent être partie prenante de ce changement : ils ont à s’emparer des nouveaux outils à leur disposition. Surtout que le marché des livres pour enfants leur offre de grandes possibilités en termes de créativité.
Aujourd’hui, l’auteur, en écrivant, doit intégrer dans sa démarche plusieurs approches; des outils pour créer des applications simples devraient ainsi prochainement apparaître.
« Une application doit être soignée et se rapprocher d’un poème visuel » (Martin Salisbury)
Les artistes et les auteurs n’ont pas à être esclaves des nouvelles technologies. Jusqu’ici, rappelle l’artiste Martin Salisbury, les artistes ont fait de très belles choses sans elles, comme les gravures sur bois.
Les technologies doivent donc être à notre service, et non pas nous asservir. Le contenu devrait être roi. Cuban Ajubel offre un bon exemple de cette alchimie réussie.
Ce contenu nécessite par ailleurs des adaptations : Salisbury s’est ainsi montré inquiet du sort fait aux illustrations, simplement numérisées, sans travail. Les livres ne sont alors plus augmentés mais corrompus.
Une belle application se rapprocherait d’un poème visuel. Car il y a deux espèces de créateurs : les informaticiens geeks et les artistes.







