L’écriture cohabite toujours avec un ensemble de détritus et de parasites qui participent de son élaboration. Pour le blogueur, ce sont par exemple les brouillons qui se logent dans son article – à chaque sauvegarde – et les spams qui viennent en perturber l’équilibre, invisible aux yeux du profane. Si la menace vient d’abord de l’extérieur (les commentaires autorisés avec lesquels il va bien falloir composer, d’un point de vue formel et discursif), c’est l’intérieur qui le préoccupe : l’espace administratif du blog semble en permanence se sécréter lui-même et pourrir de lui-même.
« Quand y’a un indésirable, j’ai beaucoup de mal à résister à cliquer et à supprimer l’indésirable – petit geste qui soulage beaucoup. » (Mikäel)
Le rêve du blogueur, celui de l’écrin, de l’article que jamais rien n’entame est ainsi menacé. C’est pourquoi il finit par s’assurer, à mesure qu’il observe ces anomalies et que son propre corps se superpose à celui du blog, que les pores sont bien fermés. À intervalles réguliers, des aides-soignants pratiqueront donc des diagnostics qui détermineront le niveau de porosité du blog (« fichier .htaccess » non protégé) face au « web des dangers ». Il y aura bientôt de la jouissance à supprimer les révisions d’articles, les brouillons et les spams, comme il y en à enlever les cors de la peau, pour retrouver l’illusion d’une surface vierge et réinitialisée (l’exaltation du bouton « reset » de la console de jeux), ou à gratter l’ivresse d’un bouton (c’est un plaisir qui connaît des degrés : on peut ainsi « se retenir » psychanalytiquement une semaine, voire un mois, avant de les supprimer et, à l’inverse, être dans l’urgence d’en voir un seul disparaître, comme avec un chewing-gum obsessionnel sous la semelle) :
Mais comment s’assurer que ces programmes ne produisent pas eux-mêmes des détritus qu’ils seront incapables de repérer ? Où se situe la cause première et quand faut-il s’arrêter de la rechercher ? Comment garantir la sauvegarde d’un article sans sa trace ? Peut-on raisonnablement rêver d’un outil automatisé sans sécrétion ? Par paresse, ignorance et incompétence, je m’en étais entièrement remis à eux sans en accepter la contrepartie : car en se positionnant à l’avant de l’écriture, je découvris peu à peu qu’ils en déterminaient aussi le cours.
Certains d’entre nous, conscients de la nécessité de réguler ces sécrétions (car elles ont bien une influence sur la phrase qui navigue rythmiquement entre des signes alphabétiques, des balises informatiques et des éléments graphiques – widgets, extensions, etc. – postés aux alentours d’un article) se tourneront progressivement vers des syntaxes réputées plus hygiéniques, à la recherche d’une maîtrise à chaque stade des sécrétions scripturales; d’autres, au contraire (j’en fais partie), continueront à confondre le pus et l’eau, s’entêteront ainsi à la faire évacuer, comme le naufragé avec la barque percée, au lieu d’accepter ces détritus comme des éléments, voire des ressorts, de l’écriture;
mais nous pouvons aussi devenir raisonnables et cesser d’écrire.


