A. est yéménite, architecte, gay et vit à Québec depuis 12 ans « de force; si je pouvais, je serais déjà à Montréal ». C’est un discours que j’ai souvent entendu (et qui mériterait sans doute d’être nuancé : je ne sais pas encore ce que j’entends par commodité; d’autres portraits viendront), même si je ne suis ici que depuis 5 jours : on aime bien la ville de Québec, mais avec une franche timidité (« C’est sûr, c’est calme ») et tout en admettant que « ça ne fait que commencer ».
« Si tu veux du café tu le prends en bas à l’épicerie j’ai que du chocolat chaud chez moi. » #portrait2
— Marc Jahjah (@SoBookOnline) Janvier 19, 2013
Québec City est en effet en train de se modifier progressivement, à mesure que les artistes et les entreprises s’installent. Mais contrairement à ce que pensent peut-être les français, ce n’est pas un eldorado : les problèmes s’expriment d’une autre manière, c’est tout. (Dans un portrait à venir,) [P]ar exemple, P. m’expliquait que le système éducatif était peut-être plus souple (j’avais écrit-lapsus : « souffle »), moins bureaucratique, mais que cette flexibilité se faisait au prix de sa précarité : prof-vacataire de français, il n’a été appelé par aucune école depuis décembre; il est donc gardien de sécurité, « en attendant ».
« T’es le premier à me dire que j’ai l’accent, ça fait plaisir; personne me le dit ici… » #portrait2
— Marc Jahjah (@SoBookOnline) Janvier 19, 2013
A., lui, est doctorant en architecture « depuis tellement longtemps, mais je suis paresseux aussi » et bosse-associé à son compte. Son discours, parfois très dur et aveuglé, est à la fois celui des homosexuels de la ville de Québec (« C’est pas que j’y vais mais y’a qu’un bar ici pour les PD »), de certains immigrés (« Moins cosmopolite qu’à Montréal; après, j’ai jamais eu à souffrir de racisme ou des trucs qu’on dit sur nous en Europe »), de la recherche universitaire (« Y’a pas de poste, rien; en plus j’aime pas faire du réseau, quand j’aime pas les gens ils le savent »), du poids familial. Marié-arrangement depuis quelques années à une lesbienne marocaine, sa vie à distance du Yémen lui convient : « personne le sait et personne doit savoir t’es fou ».
« La pâte à gaufre c’est pas difficile à faire faut avoir un peu le temps c’est tout. » #portrait2
— Marc Jahjah (@SoBookOnline) Janvier 19, 2013
« Là encore, c’est bien nettoyé : je savais que tu venais j’ai passé un coup. Mais regarde la table… j’ai honte. » #portrait2
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A. s’en vante, mais il n’est pas si cynique qu’il veut bien le dire : quelqu’un capable de vous préparer lui-même des gaufres et de vous accueillir avec une telle simplicité-chaleur ne peut se méfier des autres au point de vouloir les mordre (c’était la fonction des cyniques de l’antiquité : réveiller les consciences par la morsure).
Quand je l’ai quitté, le sirop d’érable coulait encore sur le plancher : « Vas-y laisse, c’est rien; j’ai la flemme de nettoyer ».
« On te le fait sentir quand tu bois pas d’alcool. Personne ne sait s’amuser sans boire d’alcool. » #portrait2
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« Nous on a l’habitude les musulmans de faire la fête sans. On s’amuse très bien comme ça. » #portrait2
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« Je me suis marié à une lesbienne pour qu’on me foute la paix au Yémen. » #portrait2
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« Elle habite pas avec moi du coup c’est dur de la passer au téléphone à la famille. Faut qu’on trouve une solution. » #portrait2
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« Mon mec est en Floride. J’ai été cash dès le départ : ça tient pas si on sépare pas le sexe et les sentiments. » #portrait2
— Marc Jahjah (@SoBookOnline) Janvier 19, 2013
« Il voulait pas mais il m’a trompé en premier : c’est toujours ceux qui disent pas qui font. Toujours comme ça. » #portrait2
— Marc Jahjah (@SoBookOnline) Janvier 19, 2013
« Chez les gays, ça se voit plus mais faut pas se mentir : c’est pareil chez les hétéros. » #portrait2
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« Ici on dit « Chargé de cours » c’est ça que je veux faire mais même ça ils veulent pas me le donner ces connards. » #portrait2
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« Après c’est ma faute, c’est moi qui tarde, je publie rien en plus, je me fais juste payer des colloques à l’international. » #portrait2
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« Oui vas-y fais un portrait pourquoi pas, ça me fait marrer » #portrait2
— Marc Jahjah (@SoBookOnline) Janvier 19, 2013

