C’est @fbon qui m’a conseillé d’y aller (« Vous lui direz merci au monsieur ! »). La boulangerie Paul se trouve juste à côté du cimetière Saint-Patrick. La vitrine – et la description – mobilise(nt) les signes de l’authenticité (que je reconnais comme telle, du moins) : typographie « à l’ancienne » (Garamond), affirmation d’un rapport direct (« sur place », « artisanale ») et corporel (« pétris ») à un objet qui n’est pas corrompu (« sans gras, sans sucre, sans agent conservateur ») par ses transformations (« cuits »).
On est à l’aise dans cette boulangerie. La patronne y fait beaucoup (la cinquantaine). Elle occupe en effet l’espace comme « [s]on chéri » travaille la pâte : de tout son corps tatoué (comme on dirait : « Un sacré petit bout de femme ! »), avec l’excitation heureuse d’une éternelle ado (« On va se remarier à Las Vegas ! »), dans une fluidité et une intelligence sociales qui lui permirent par exemple de tenir deux échanges à la fois, l’un parlé (« Ah oui de Marseille et Paris vous venez c’est sûr ça doit vous changer »), l’autre énergiquement mimé à l’intention d’un client resté dans sa voiture (un habitué) et qu’elle était fière de pouvoir amicalement frustrer depuis sa boutique (« a pu finito finish tout vendu tout tout ! »).
Malgré la sérénité affichée, une légère inquiétude : « Dès que ça marche quelque part, le québécois il repère et il vient…Ils ont tout compris ». Une boulangerie concurrente vient en effet de s’ouvrir, à une cinquantaine de mètres. Sans doute que la Boulangerie Paul (« et pas « Paul » la chaîne je leur dis toujours aux gens « attention c’est pas pareil nous c’est pas une chaîne »") sortira à terme de cette zone de confort qui, aujourd’hui, lui permet de faire instantanément de l’inconnu un habitué (« Oh vous viendrez me payer la prochaine fois ») , comme si une telle pratique avait toujours existé chez eux. Je ne sais pas si la crainte de ne plus les voir m’a fait aimer davantage leurs « produits », mais je garde encore aujourd’hui en tête et en bouche le souvenir crémeux d’une viennoiserie.
« Ah désolée on a presque tout vendu mais il me reste des muffins à la cannelle et des croissants aux abricots si vous aimez » #portrait5
— Marc Jahjah (@SoBookOnline) 3 février 2013
« Ah oui Marseille puis Paris c’est sûr ça doit vous changer mais vous allez bien vous y faire vous verrez ! » #portrait5
— Marc Jahjah (@SoBookOnline) 3 février 2013
« 10 ans ici oui ! On a réfléchi à notre plan quand même on est pas partis comme ça mais c’était pas gagné » #portrait5
— Marc Jahjah (@SoBookOnline) 3 février 2013
"Les filles le savent même pas personne le sait - à part mon chéri - mais on va se remarier à Las Vegas oui mon monsieur !" #portrait5
— Marc Jahjah (@SoBookOnline) 3 février 2013
"Oui vous pouvez vous asseoir aucun problème regardez y'a des c haises juste là c'est tout confort !" #portrait5
— Marc Jahjah (@SoBookOnline) 3 février 2013
"Les filles veulent venir maint'nant que je leur ai dit mais on ira une autre fois ensemble ailleurs pas vrai les filles ?" #portrait5
— Marc Jahjah (@SoBookOnline) 3 février 2013
"Nous les français on est riquiquis petits petits petits par rapport à eux en vente ! Ils ont tout compris..." #portrait5
— Marc Jahjah (@SoBookOnline) 3 février 2013
"Je voulais pas qu'une boulangerie mais un endroit où venir causer, prendre des nouvelles des uns puis des autres". #portrait5
— Marc Jahjah (@SoBookOnline) 3 février 2013
"On parle la même langue mais c'est tout : le reste est bien différent et ça me va on s'y plaît bien nous hein les filles ?" #portrait5
— Marc Jahjah (@SoBookOnline) 3 février 2013
"Alors on a un grand jardin qui va loin loin comme ça avec plein d'animaux mais pas de caribous non !" #portrait5
— Marc Jahjah (@SoBookOnline) 3 février 2013
"Y'en a une de boulangerie qu'y'a ouvert là-bas...Qu'il ouvre moi je dis ! J'attends de voir. Mais on m'a dit "c'est pas pareil"" #portrait5
— Marc Jahjah (@SoBookOnline) 3 février 2013
"Normal nous c'est de la tradition, on fait ça tôt le matin avec nos mains et on les aime nos pains !" #portrait5
— Marc Jahjah (@SoBookOnline) 3 février 2013
"La mairesse elle est venue faire une photo ici puisque je vous le dis ! On a eu de la chance, le bouche à oreille..." #portrait5
— Marc Jahjah (@SoBookOnline) 3 février 2013
"Vous embêtez pas si vous avez pas de monnaie (on prend pas les cartes hé non), vous reviendrez nous voir comme ça !" #portrait5
— Marc Jahjah (@SoBookOnline) 3 février 2013


j’voudrai une cramique s’il vous plait