Capture d’écran 2013 02 03 à 18.34.38 Portraits du Québec (V) : Cest pas quune boulangerie ici, cest un endroit où on vient causer aussi !

C’est @fbon qui m’a conseillé d’y aller (« Vous lui direz merci au monsieur ! »). La boulangerie Paul se trouve juste à côté  du cimetière Saint-Patrick. La vitrine – et la description – mobilise(nt) les signes de l’authenticité (que je reconnais comme telle, du moins) : typographie « à l’ancienne » (Garamond), affirmation d’un rapport direct (« sur place », « artisanale ») et corporel (« pétris ») à un objet qui n’est pas corrompu (« sans gras, sans sucre, sans agent conservateur ») par ses transformations  (« cuits »).

On est à l’aise dans cette boulangerie. La patronne y fait beaucoup (la cinquantaine). Elle occupe en effet l’espace comme « [s]on chéri » travaille la pâte : de tout son corps tatoué (comme on dirait : « Un sacré petit bout de femme ! »), avec l’excitation heureuse d’une éternelle ado (« On va se remarier à Las Vegas ! »), dans une fluidité et une intelligence sociales qui lui permirent par exemple de tenir deux échanges à la fois, l’un parlé (« Ah oui de Marseille et Paris vous venez c’est sûr ça doit vous changer »), l’autre énergiquement mimé à l’intention d’un client resté dans sa voiture (un habitué) et qu’elle était fière de pouvoir amicalement frustrer depuis sa boutique (« a pu finito finish tout vendu tout tout ! »).

Malgré la sérénité affichée, une légère inquiétude : « Dès que ça marche quelque part, le québécois il repère et il vient…Ils ont tout compris ». Une boulangerie concurrente vient en effet de s’ouvrir, à une cinquantaine de mètres. Sans doute que la Boulangerie Paul (« et pas « Paul » la chaîne je leur dis toujours aux gens « attention c’est pas pareil nous c’est pas une chaîne »") sortira à terme de cette zone de confort qui, aujourd’hui, lui permet de faire instantanément de l’inconnu un habitué (« Oh vous viendrez me payer la prochaine fois ») , comme si une telle pratique avait toujours existé chez eux. Je ne sais pas si la crainte de ne plus les voir m’a fait aimer davantage leurs « produits », mais je garde encore aujourd’hui en tête et en bouche le souvenir crémeux d’une viennoiserie.