Le Faucon, mon informateur geek italien, m’a parlé d’une rencontre (IfBookThen – The Future of Publishing, now) qui a eu lieu à Milan le 3 février, autour du livre numérique nouveau-né en Italie, et que personne en France n’a évoqué. Je m’y colle, donc. :)
L’événément, organisé par Book Republic, rassemblait les professionnels du secteur, chargés de réfléchir au devenir du livre. Après quelques recherches (sur Vanity Blog, ApogeOnlin, Ehi Book, Le Gatte Di Via Plinio, Lego Ergo Sum et le blog de Book Republic), ce que je retiens :
La place du lecteur
Une étude menée par Adaptative Path, et présentée par Henning Fisher, a porté l’accent sur l’utilisateur des lecteurs en demandant aux éditeurs italiens de faciliter l’achat/l’utilisation des eBooks.
Henning Fisher a par ailleurs refusé d’opposer le papier et le numérique en affirmant qu’aucune technologie, dans l’histoire de l’humanité, n’a définitivement remplacé une autre (c’est aussi la position d’Umberto Eco).
La conservation des informations
Peter Brantley, co-fondateur de l’Open Book Alliance et directeur du Digital Library Federation, s’est quant à lui interrogé sur la conservation des informations.
On croit souvent à tort, estime-t-il, que leur stockage sera facilité par le numérique. En fait, les risques de perte de contenu sont augmentés par la multiplicité des formats, la gestion des droits et l’absence d’orientations législatives unique.
Ces problèmes doivent être résolus aujourd’hui, pendant qu’ils sont encore limités.
Il présentait le 19 janvier dernier, dans cette vidéo, quelques axes de son intervention (à compléter avec son slideshare) :
La leçon des U.S.A et le marché « glocal »
Mike Shatzkin, PDG de The Idea Logical Company, a exhorté les éditeurs italiens à prendre exemple sur leurs confrères américains. Il leur a ainsi demandé de ne pas perdre de temps et d’énergie à essayer de préserver le papier (« Vous connaîtrez un grand danger si vous essayez de ralentir le marché »)
La difficulté vient de la nature du marché européen, très différent d’un pays à l’autre à cause de la différence linguistique et réglementaire. Les Etats-Unis ont pu aller très vite parce qu’ils ont une monnaie, une langue et des règles communes.
Mike Shatzkin a donc conseillé aux éditeurs d’exploiter le marché local, en ayant des objectifs globaux, de manière à créer un marché « glocal ».
La place de l’écrivain
Alessandro Piperno, écrivain et critique littéraire, a donné des pistes quant au rôle de l’écrivain à l’heure du numérique. Ce dernier pourrait s’appuyer sur les suggestions offertes par le net mais sans nécessairement obéir au goût du public.
Car ce qu’on pense de lui, Alessandro Piperno s’en moque pas mal. Il est étranger, a-t-il affirmé, à la logique du marketing et de la promotion des oeuvres. Son seul souci, c’est de toucher tout le monde.
La longue traîne
Jonathan Nowell de Books Nielsen a mis l’accent sur l’importance de la longue traîne, en prenant en compte la nature du marché de l’édition (de niche) et la diversité des publics, qu’il est possible de toucher en ouvrant l’ensemble du fonds éditorial.
Le courage d’innover
Fondateur et PDG de Curseur, Richard Nash a esquissé une nouvelle équation entre auteur et lecteur, irréductibles à des rôles, à des types balzaciens, mais mus par des comportements. Le livre, telle une colle, permet de les unifier.
L’auteur qu’il imagine est immergé dans une communauté d’intérêts peuplée par les lecteurs, les éditeurs et les écrivains.
La lecture sociale
James Bridle d’Open Bookmarks (sorte de concurrent du génial Diigo et du dépassé Delicious) m’a fait plaisir et plutôt défendu la valeur d’un livre par l’expérience qu’on en tire, le temps qu’on y consacre, l’histoire qu’on y dépose. Loin, donc, l’odeur du papier.
Son projet vise à dépasser la valeur tangible de chaque exemplaire pour créer un lieu où les livres et ce qu’on y dépose (commentaires, notes, passages soulignés, favoris) participent à un écosystème social.
Ce n’est que dans cette voie, estime-t-il, celle de la lecture sociale, que les éditeurs pourront encore avoir un rôle.
Livre enrichi et geste éditorial
Peter Collingridge de Enhanced Editions, à partir d’un constat empirique (le livre numérique est mis en compétition avec d’autres médias), a décidé d’intégrer tous ces éléments concurrentiels dans les livres eux-mêmes.
Sa maison d’édition est ainsi spécialisée dans l’élaboration de livres pour iPhone qui ne privilégient pas seulement le multimedia mais marque un geste éditorial que seul un éditeur, estime-t-il, est susceptible de garantir.

