Nouvelle plateforme de publication pour les auteurs : Unbound (après les récents I Write, Read, Rate et Book Country), présentée le 29 mai au Hay Festival. Vidéo de présentation :

La plateforme repose sur le crowdfunding (mécénat global), concept popularisé en France par Grégoire avec My Major Compagny (dans le domaine du livre voir Les Editions du Public): les internautes cotisent pour financer un projet et reçoivent une commission sur la vente des produits financés, proportionnelle à la part investie.

award unbound 166x300 Unbound : le crowdfunding appliqué aux livresSur Unbound, les choses sont un peu différentes. Sans doute conscients que les livres se vendent beaucoup moins bien qu’un CD (et que la part de rétribution serait donc ridicule), les fondateurs ont plutôt opté pour un système de récompenses monétisées :

  • Pour £10 d’investissement dans un projet, par exemple, vous avez droit à un exemplaire numérique du livre (avec votre nom inscrit) et de suivre l’évolution du projet.
  • Pour £50, la même chose + une dédicace personnalisée et un exemplaire en papier livré gratuitement.
  • Pour £250, la même chose + une invitation à la soirée de lancement du livre, un déjeuner avec les fondateurs/auteurs et des cadeaux.

Pour sa première année d’exploitation, Unbound espère promouvoir 35 à 40 projets en s’appuyant sur un rapport de confiance (ce sont en effet des écrivains qui l’ont fondé) et de valeurs partagées (le site est crayonné et indique ainsi sur quoi repose l’écriture : le crayon, l’artisanat).

Fonctionnement simple : l’auteur a 50 jours, une fois déposé son projet, pour obtenir des fonds des lecteurs. S’il y parvient (des indicateurs permettent de suivre la progression), son texte est publié en numérique/papier.

unbound autopublication crowdfunding Unbound : le crowdfunding appliqué aux livres

unbound autopublication Unbound : le crowdfunding appliqué aux livres

Chaque projet fait l’objet d’une présentation soignée et agréable à lire, avec une vidéo, un pitch, un extrait et une biographie de l’auteur. Plus vous participez au financement et à la promotion de chaque projet, et plus l’accès aux « bonus » ou plutôt, à l’atelier de l’auteur, s’élargit (sont ainsi promis : des chapitres entiers, les notes prises, brouillons, des interviews exclusives, des discussions avec l’auteur himself, etc.).

Tout le service s’appuie sur un équilibre savant entre le sentiment donné d’influer sur la marche de l’oeuvre, et d’être ainsi soi-même un auteur, et la préservation du travail créateur, nécessaire au statut de l’oeuvre :

  • L’atelier : on joue sur la fascination exercée par la « petite cuisine » de l’écrivain, auquel le lecteur a enfin accès, en temps réel, sans devoir attendre qu’un critique génétique, par exemple, publie les brouillons qu’il aura retrouvés dans un vieux tiroir mal fermé. Principe qui postule que les lois de l’écriture pourront être comprises,  que les coulisses les rendent perceptibles et que le travail final pourra être mesuré à l’aune de ses différentes étapes. Le statut du lecteur est celui d’un observateur fasciné : il n’a aucun droit de regard sur l’oeuvre produite, même s’il participe à son financement. En effet, le système de récompenses garantit d’emblée, en aval, une satisfaction proportionnelle à la somme donnée. Que le livre se vende bien ou mal, le lecteur en aura donc pour son compte. C’est prémunir ainsi les auteurs de la tyrannie du mécène, dont on peut craindre qu’il vienne justement réclamer des comptes.
  • Le changement de statut : plus vous financez, plus vous semblez changer de statut. Le système promet en effet un rapprochement toujours plus important avec l’auteur qui conditionne un degré possible d’influence sur l’oeuvre elle-même. Du simple marquage (apparition de son nom sur l’oeuvre), on passe ainsi progressivement à l’impression (possible) laissée sur l’auteur.
  • Traces : les traces laissées dans le livre final tiennent compte du degré de participation et d’impressions ainsi laissées, indispensable à la traçabilité des actions réalisées par le lecteur lui-même et le sentiment d’avoir participé, c’est-à-dire d’avoir fait oeuvre. Et parce qu’il est persuadé de faire oeuvre, le lecteur en assure également la promotion et permet alors d’assurer tous les niveaux de conception du livre, de son financement à son marketing (co-création de valeurs) de manière à affaisser les coûts de production.
  • Authenticité : on fait oeuvre, avec Unbound, comme on va à la ferme chercher ses tomates, en allant au coeur de l’atelier, afin de vérifier que ce qui est consommé est authentique, qu’il n’y a pas eu d’intermédiaires entre moi et le produit.  C’est pourquoi l’éditeur n’est pas mentionné : le site (« unbound ») promet une abolition des frontières et d’être au plus près du travail créateur.

La fascination est ainsi celle de la culture et de l’artefact, objets et produits conçus par les mains d’un homme, dont l’oeuvre livre l’épaisseur dans un ensemble de traces (nom, dédicace, signature) et dont la désintermédiation, illusoire (l’éditeur Faber publie le livre) est un contrat passé entre lecteurs et fondateurs.